jamais sans mes ânes (2)

(Il y a 3 ans à peu près, en essayant de faciliter la recherche des différents articles , mon périple ci-dessous avait perdu son ordre chronologique. Je ne savais pas comment y remédier jusqu’à présent mais voila le résultat. )

J’ai eu 60 ans en février 2017 et en réfléchissant à comment je pourrais célébrer ça, l’idée de partir en randonnée quelques jours avec mes ânes m’a enthousiasmée.

 Nous avons Bijou et Bichette depuis cinq ans et, pendant tout ce temps, nous les avons habitués à être le plus souvent possible en liberté lors de nos promenades dans les environs. C’est un vrai bonheur de pouvoir leur faire confiance, et de les savoir en confiance avec nous.

En novembre 2016, j’avais donc commencé à préparer ma randonnée. Mon périple devait me faire traverser le Parc Naturel Régional des Causses du Quercy avec sa pointe la plus au sud qui commence à juste 3kms au nord de notre ferme.

On y trouve St Cirq Lapopie au sud dans ce parc naturel et Rocamadour au Nord. Plusieurs vallées le traversent dont celles de la Dordogne du Célé et du Lot. Le chemin de St Jacques de Compostelle passe ici le long du Lot pour un premier itinéraire, et le long du Célé pour un 2ème.

C’est une région avec un patrimoine riche en Histoire , des grottes préhistoriques fabuleuses et des phosphatières surprenantes. Mais pour moi c’est avant tout ces paysages de forêts de chênes maigres sur cette roche blanche à fleur de sol que j’aime avec le long des routes entre les villages, ces murs de pierres sèches qui s’écroulent majestueusement et qui sont encore si bavards de ce temps d’avant.

En juin dernier je suis donc partie à pied avec Bichette et Bijou. J’avais préparé un itinéraire en boucle de 10 jours avec entre 12 et 18 km par jour sur les GRs avec un champ, un centre équestre, un gîte ou un camping pour nous accueillir tous les soirs. J’ai choisi de monter jusqu’à Cabrerets , de longer le Célé jusqu’à Brengues, puis de redescendre par Cajarc et Limogne. J’ai partagé ce projet avec mes étudiants, mes amis et ma famille et invité ceux qui le désiraient à m’accompagner.

 Je n’aurais pas pu faire cela sans Geoff qui assurait l’intendance à la ferme ainsi que mes repas et puis bien plus encore après mon départ. J’ai pris quelques notes tous les soirs et en rentrant j’ai longtemps travaillé sur ce compte-rendu, pour trouver une écriture qui soit vraie, qui soit moi. Je pense avoir réussi. Merci à tous ceux qui m’ont aidée avec l’orthographe (je n’ai pas de logiciel français avec les corrections automatiques et mon français n’est plus ce qu’il était)

Lundi 5 juin – 12kms –  Balthazard Puylaroque/Bach

8h. je vais nourrir les ânes pour qu’ils partent repus. Je rassemble devant la porte de la grange tout ce dont je vais avoir besoin pendant mes 10 jours de marche y compris les piquets et cordes de  clôture….J’ai pesé chaque paquet, chaque objet, chaque sac et j’ai calculé le poids pour chaque âne et je dispose tout cela à égalité de chaque côté du bât et de la selle que j’ai mis sur des traineaux contre le mur de la maison. J’ai tout réfléchi depuis Novembre dernier, je ne laisse rien au hasard. Hier après-midi j’ai monté un abri pour les ânes avec une bâche, c’est pas mal et ça pèsera peu.

9h. je vais chercher les ânes. On dirait qu’ils ont compris qu’on partait, ils sont excités. Je charge Bijou qui portera moins que Bichette qui elle est plus robuste. Tina va chercher notre déjeuner et les bouteilles d’eau. Nous avons fait le Pérou et l’Amazonie ensemble et nous avons mis toutes les 2  le Tshirt de l’organisme avec lequel nous étions parties, “ The National Deaf Children Society”. Le mien est maintenant déformé, taché et troué mais je n’arrive pas à m’en séparer. On se sent des pionnières. Je voulais partir à 10h et il est 11h quand nous partons.  Au portail la selle de Bijou glisse sur elle-même et je dois recommencer à charger….on repart. Geoff prend des photos.

On quitte le chemin  vers Le Boutiq. Un autre arrêt est nécessaire 500m plus loin, les bagages ont encore bougé sur le dos des ânes. On resserre les sangles et on repart. Un km plus loin, on passe devant chez Maurice à Gardemont, Bichette sursaute et tout son bardât se casse la figure. Les chevaux derrière la haie lui ont fait peur. Cette fois je me rend à l’évidence, on n’ira pas plus loin comme ça.  On décharge les ânes à l’ombre d’un frêne, on appelle Geoff qui va venir tout chercher et qui fera le transit entre chaque étape. Il me l’a proposé au portail de la maison déjà mais je voulais essayer….j’en ai tant rêvé. Dans quelques jours Jean Pierre des Cadichons me dira que mes ânes sont encore trop jeunes pour porter autant. On recharge Bichette avec seulement son bât et ce que nous avons besoin pour la journée. Bon! On a de la route à faire et on a déjà perdu pas mal de temps.

14h. Juste après Belmont St Foi, on trouve une petite clairière bien ombragée sur le GR de Pays de Midi Quercy, et on prend 1/4h pour déjeuner. Les ânes ont droit à quelques cerises. Ils aiment! On repart.

15h. Un vrombissement énorme nous indique l’arrivée d’un groupe de quads qui dévale le GR. Je panique parce que les ânes ont horreur de tout ce qui ressemble à un bruit de taon. On a juste le temps de les prendre par leur licol et de les garer dans un chemin de traverse et moi de faire des grands signes pour que les motards coupent leur moteur. Ils le font instantanément, merci,  et descendent vers nous en silence. On se rencontre, partage notre projet, ils prennent des photos de Bijou et Bichette qui maintenant reniflent leurs quads et qui nous suivent gentiment derrière quand on repart finalement. Les motards vont rester très longtemps à nous regarder monter le sentier et quand je me retourne tout en haut, ils sont toujours là à nous regarder…Tina aurait aimé échanger les ânes contre un quad pour un instant…Pour ses 50 ans ses amis lui avaient offert une leçon de conduite d’un 30 tonnes…On longe le camp militaire dans les sous-bois frais, tout va bien.

16h30 On traverse Vaylats, joli petit village bien entretenu, le monastère est beau, Bijou est sage avec Tina.

18h. Nous arrivons à Bach. Le dernier tronçon de route à travers champ a été chaud, nous sommes soulagées d’être arrivées.  Notre champ pour ce soir, parallèle au gite a une clôture très haute sur un côté et une haie dense sur un 2eme côté. Je monterai ma tente et celle des ânes ici dans ce coin pendant que Geoff et Tina iront dîner au gite. Je leur ai demandé de me ramener mon diner dans mon champ quand ils auront fini le leur. Les ânes sont tranquilles, ils ont un espace immense pour brouter et ils en profitent. Ils ne s’éloignent jamais très loin. Je finirai la clôture en dernier avant d’aller me coucher et je les ferai rentrer.

 Au gite ils refusent que je mange dans le champ. Geoff et Tina ne réussiront pas à les convaincre que je me dois de rester avec mes ânes. Je ne les ai jamais mis dans ce nouvel enclos et ils seraient capables de sauter par-dessus pour me rejoindre s’ils me voyaient partir…. je ne prends pas ce risque. Je ne veux pas les attacher non plus sans rester à côté d’eux. Ils n’y sont pas habitués et ce serait une source de stress pour eux comme pour moi. Tina est furieuse avec ce couple et veut rentrer à Balthazard mais Geoff est déjà installé devant son dîner. J’ai réussi à faire entendre à Tina que pour moi qui sais jeûner pendant une semaine, ne pas manger ce soir n’est pas terrible du tout. C’est la vérité. Quand j’ai rencontré le propriétaire du gite en novembre dernier il m’avait offert son champ gratuitement. Il était charmant. Prendre nos repas chez lui était notre façon de le remercier pour sa gentillesse. L’homme qu’il est ce soir à Bach n’est plus le même devant sa femme et il demandera 10€ à Geoff pour mon camping en plus des deux repas pris.

Tina rentre à Balthazard ce soir avec Geoff comme prévu après la seule journée qu’elle aura partagée avec moi. Sa hanche et genou droits ne lui permettront pas de marcher plus mais elle sera essentielle pour aider Geoff tous les jours avec la logistique des transports du matériel et des repas. Merci Tina!

Je me retrouve seule et décide de mettre toutes mes affaires et le bât dans ma petite tente et toute habillée en gardant même mes chaussures et mon béret sur les oreilles je rentre dans mon duvet et dors en pointillé sous la bâche des ânes, avec le bruit des mâchoires qui vont travailler toute la nuit. Quand les mâchoires s’arrêtent, j’ouvre un œil et mes deux amis sont couchés l’un à côté de l’autre devant moi. Une nuit froide pleine d’étoiles et une grosse lune, Je m’émerveille.

Mardi 6 juin – 17 kms – Bach/Lieu dit “Letou”- St Cirq Lapopie  

  6h. Il pleut. Je mets mes bottes et mon imperméable et je range mon espace pour que les ânes puissent venir s’abriter. Après tout j’ai conçu cette bâche pour eux qui n’aiment pas la pluie.  Bijou hésite quand je l’invite à se mettre à l’abri et puis il accepte. Bichette protègera seulement sa tête. Quand je sors pour plier la clôture elle rentre aux côtés de Bijou sous la bâche. L’enclos est assez petit et il y a de la merde partout. C’est incroyable la quantité de crottin que mes ânes ont produit cette nuit !  Il me faut négocier où mettre les pieds à chaque pas.

8h30. Le soleil apparait. Youpiiii!

9h20. Geoff et Tina sont là pour récupérer le matériel. Il s’est remis à pleuvoir mais je suis équipée pour la pluie, pas de soucis.

10h30 . Je suis en route pour Létou, 2 kms avant St Cirq Lapopie. Je suis légère et confiante. Aujourd’hui c’est Bijou qui est bâté et que je garde en longe quand il le faut. Bichette est libre et elle marche derrière nous gentiment. Elle est mignonne. Il ne pleut plus.

11h30. Rencontre avec Martine et Michelle. Une vient de l’Est, l’autre des Landes. Michelle va m’aider à traverser Concots avec Bichette en longe. Elle aura tellement de plaisir avec Bichette! Les villages sont difficiles pour les ânes qui ont peur de tout, les passages cloutés, les trottoirs, les regards d’égout, la circulation….On prend patience chaque fois qu’ils s’arrêtent, qu’ils hésitent. On fait des détours et puis on repart avec beaucoup d’encouragement. Une belle journée avec ses deux amies, beaucoup de partage. Toutes deux avec des enfants maintenant grands et un divorce derrière. Du rire.

13h. On s’arrête  pour déjeuner après quoi les ânes me suivent dans un fourré. Quand avec ma petite pioche je fais un trou pour y déposer une énorme crotte digne du bon fonctionnement de mes intestins, oh! la, la ! ils prennent tous les deux la fuite mais très vite ils reviennent et à leur tour, déposent leur crottin près de mon trou….Je n’irai jamais faire pipi sur les sentiers pendant mes 10 jours: Incroyablement je transpirerai toute l’eau bue. Les ânes  dorment maintenant debout immobiles près de nous le temps pour nous de finir notre pose.

15h30. On se sépare. On se dit quelle belle rencontre, on se remercie. Les filles continuent sur St Cirq Lapopie . Je quitte le GR, Je bifurque direction Létou. J’ai repris Bijou en longe sur la petite communale et Bichette folâtre derrière. Bijou est jaloux et fait des siennes. Je le gronde. Il râle. Une belle route entre les pins, il fait bon.

16h30. Nous arrivons chez Marianne qui nous accueille chaleureusement. C’est une femme franche et généreuse. Je lâche les ânes dans le pré qu’elle m’indique. Tout est vallonné ici, c’est si joli. Un hameau avec trois maisons en pierre bien entretenues et fleuries avec goût,  dont la petite de Marianne qui vit là avec sa belle-mère. Les voisins n’ont pas l’air d’être là.  Je ne vois pas un endroit plat nulle part dans ce champ où monter les tentes, ou peut-être tout à fait en bas à l’orée du bosquet et à l’abri du vent qui se lève. Marianne va chercher de l’eau pour les ânes et je me pose sous un gros chêne. Je suis fatiguée. Je vais m’allonger sur mon imper et attendre Geoff.

18.30. Geoff et Tina sont là et nous dînons de l’autre côté de la route en face du champ. Marianne et sa belle-mère travaillent dans leur jardin 100m plus bas. Un beau jardin plein de légumes. C’est une belle soirée.

19.30. Geoff a les brebis à nourrir. Ils rentrent. On se téléphonera plus tard pour que j’ai  la météo de demain. Je monte les tentes et fait une clôture de 10m entre deux champs. Les ânes ont 3 hectares pour cette nuit.

21.30. Je suis dans mon duvet, les ânes broutent dans la lumière du soir, je suis bien à part que merde il n’y a pas de réseau dans mon trou!!! Je me lève, met mes bottes et remonte le champ pour appeler Geoff. Il est dans le jardin me dit Tina, je le rappellerai demain matin avant de partir.

Mercredi 7 juin – 17kms –  Létou / Cabrerets 

6h. je me lève avec la rosée. Les bottes sont bien pratiques pour ces premières heures de rangement. Ne pas partir avec les pieds mouillés c’est vraiment le top. Je remonte tout mon bardât en haut du champ et le dépose à l’intérieur de la clôture près de la barrière où Geoff passera le prendre cet après-midi.

7h30. Marianne arrive avec un café chaud et une brioche. Quel gentillesse ! On bavarde. Elle a aimé sa vie de bergère. Une vie rude mais vraie. Avec la retraite elle n’a plus de brebis et elle a transformé ses granges très joliment en gites. Geoff lui laissera une bonne bouteille sur le pas de sa porte quand il viendra récupérer mes affaires.

8h. Nous partons pour St Cirq Lapopie. Plus de bât pour les ânes, je porte dans mon sac à dos le minimum pour aujourd’hui : de l’eau, mon déjeuner, mon imper et mon petit outil de jardinage dans un sac en plastique pour creuser mon trou ici et là et le reboucher, nature oblige. J’ai aussi les petites lingettes que Tina m’a apportée hier, un minimum quand on ne peut pas se laver tous les jours. J’ai décidé de me débarrasser du bât pour pouvoir tenir les ânes de chaque côté de moi sans difficultés quand nous allons passer sur des routes étroites à forte circulation.

En descendant sur St Cirq, le GR est étroit, rocheux et très pentu. Pas de soucis pour les ânes qui descendent derrière moi. On rencontre des grands groupes qui remontent et qui se collent à la paroi ou au buis pour nous laisser passer, photos, questions, sourires.

10h. le GR veut nous faire traverser St Cirq qui est en effervescence en cette saison touristique. Les ânes refusent. J’accepte leur refus. Nous allons donc  remonter le village par la route puis prendre par le chemin qui longe la crête au-dessus de St Cirq et qui arrive aux parkings du haut surplombant cette belle vallée du Lot.

Ce village me disait Marianne a connu un tsunami après qu’il ait été déclaré le village préféré des français en 2012. 850 mels le lendemain  sur la boite de la mairie, un cauchemar. Aucune structure pour nourrir et abreuver ces touristes tous les jours 7j/7. Beaucoup de villageois ont vidé les lieux, salut, maintenant plus que 46 habitants l’hivers et 400 l’été qui vendent tout et n’importe quoi.

Arrivés en haut du village il me faut retrouver le GR 46  qui est nulle part. J’attache les ânes à un poteau et vais voir et demander. Personne ne sait. Beaucoup de touristes mais pas l’information que je cherche. Je tourne en rond.  Finalement je décide de redescendre vers le Lot par un chemin de randonnée local en espérant qu’il me fera retomber sur le GR. Ça marche et nous longeons maintenant le Lot. Un chemin large, agréable, ombragé. Beaucoup de promeneurs de toutes nationalités. Quelques chiens. Juste avant le chemin de halage je déjeune. Le Lot ici est une large rivière, puissante et grise qui fascine les ânes.

12h. Nous commençons la marche sur le chemin de halage qui est creusé dans la roche et qui fait plusieurs centaines de mètres. Impressionnant. Des flaques partout et des rochers glissants, les ânes ne sont pas sûrs d’eux. Devant chaque flaque c’est un petit drame pour la dépasser. Beaucoup de gens nous croisent, on discute, on s’extasie, on prend des photos, on donne son avis. Et puis il y a cette flaque plus grande que les autres devant laquelle nous allons passer deux heures.

J’ai mis Bijou en longe pour ne pas qu’il décide de repartir en arrière. Bichette est derrière lui. J’essaye tout : la patience, la gentillesse, puis je les gronde…rien n’y fait. Une dame avec son chien vient à ma rescousse. Les ânes aiment les chiens. Elle lui met le toutou sous le nez et Bijou avance d’un pas pour le flairer. Il ne fera pas un second pas. Merde. Je suis dans la merde. L’endroit est beau à vous couper le souffle. Le Lot roule ses eaux grises à grande vitesse, impassible. Un bateau de plaisance remonte le courant, les passagers nous photographient. Je leur fais des signes, pour qu’ils me prennent les ânes sur leur bateau, ah! ah!…ils me disent non bien sûr.

Le jeune mec de l’écluse vient à ma rencontre quand quelqu’un qui nous a croisé lui a décrit ma situation. Il appelle un copain qui a des chevaux et qui pourrait m’aider. Le mec est celui chez qui je vais ce soir, il lui dit qu’il ne connaît rien aux ânes mais lui donne le numéro d’un autre mec. Je l’appelle, pas de réponse, je laisse un message…il est Jean Pierre des Cadichons que je rencontrerai dans deux jours.

Le temps passe, la dame avec son toutou est toujours là. Elle ne veut pas me laisser toute seule. Elle me propose de me donner son numéro de portable. Son numéro? Pour quoi faire? On rit. Je la remercie et elle s’en va à contre cœur. Finalement j’ai une intuition. La seule chose que je n’aie pas encore essayée : Je lâche Bijou et je dis aux ânes que moi je vais continuer mon chemin. S’ils veulent me suivre ce serait bien. Je me retourne et je pars. A peine partie, ils sautent la flaque et trottent derrière moi. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant? Ils n’ont pas plus envie d’être séparés de moi que moi d’eux.

Au bout du chemin de halage quelques personnes applaudissent. Celles qui nous ont croisées et revenues sur leurs pas pour voir comment la situation des flaques allait finir. Pour la dernière flaque les ânes se sont de nouveaux arrêtés, Je suis d’un côté de la flaque, ils sont de l’autre et je les encourage à traverser mais ils hésitent avec l’eau qui ruisselle des parois…un homme avec son vélo s’arrête et me demande de prendre une photo de lui avec les ânes. J’ai envie de l’envoyer paître, mais je garde mon calme, je lui explique les difficultés rencontrées depuis plusieurs heures, je lui demande de passer son chemin. Il comprend et il parle doucement à Bichette: allez petite, cette dame t’attend alors vas y! Et hop! Bichette saute la flaque suivie de Bijou. Du coup je lui fais sa photo en le remerciant et il s’en va content….on continue.

14h30. Nous traversons ensuite un chemin avec un beau parc, des pelouses, un restaurant, un café, des plates-bandes bien propres et une avenue avec du gravier….toujours le long du Lot. Des  gens assis sur des bancs prennent le soleil. Je suis devant, les ânes marchent derrière, regardant tout, observant tout. Photos de notre trio. Pas le temps de s’arrêter. Il faut marcher si l’on veut arriver avant la nuit à Cabrerets. Nous sommes à Bouzies. Nous avons un pont à traverser , puis 800 mètres sur la D662 avec beaucoup de circulation, des véhicules qui vont vite, et puis on prendra à gauche retrouver le GR qui monte sur Cabrerets.

15h. Nous sommes devant le pont et rebelotte, les ânes ne veulent pas avancer. Les ponts ne sont pas les amis des ânes et celui-là n’est pas une exception. Il y a maintenant 4 ou 5 voitures derrière nous qui attendent que les ânes se décident. Derrière nous le jeune homme de la camionnette descend de sa voiture et vient vers nous. Vous êtes pressé? Je lui demande. Non pas du tout, j’ai tout mon temps. Il sourit, tranquille, veut m’aider. Alors rendez moi un service svp. Allez demander aux chauffeurs des voitures derrière la vôtre de bien vouloir descendre de leur véhicule et de traverser le pont à pied ensemble et les ânes suivront. Et c’est exactement ce que nous faisons. La scène est biblique, inoubliable. Le jeune homme nous filme avec son portable. Nous allons être sur tous les Facebook, les ânes les plus photographiés du sud-ouest…

Arrivés à la D662 je mets les ânes en longe, fait un grand signe de remerciement à tous et nous filons vers le tunnel, bien les ânes! Ils gèrent leur peur, on longe la route et hop! On traverse et on monte, on monte, on monte. Un sentier vraiment  raide. Je marche doucement comme pour le Machu-Pichu, en pesant chaque pas, en respirant profondément, il fait très chaud, je transpire, on s’arrête, on boit et on continue. La montée sur Cabrerets sera longue et chaude avec ces chênes centenaires, maigres et sans offrande d’ombre. On marche les uns derrière les autres une bonne paire d’heures en silence. Les ânes, ces machines à bouffer,  ne mangent plus, ils montent.

Au sommet il y a deux dames, on dirait un Monet, qui papotent dans un champ de coquelicots. Je leur demande si elles connaissent le chemin pour aller au centre équestre du Pech Merle. Elles rient, heureuses de me dire que ce chemin sur la gauche est un raccourci, elles m’expliquent comment y accéder et je me retrouve sur un chemin très dégagé et lumineux plein de lavande sauvage. La vue est magnifique, Je suis heureuse, je prends même une photo des ânes avec mon portable.

18h30. Nous arrivons au centre équestre. Les ânes ont aperçu quelques chevaux à l’entrée et ils se saluent sans trop d’émoi. Puis tous les 3 on s’arrête dans la cour où plusieurs personnes bavardent, étonnées de voir les ânes sans longe, puis une jeune femme me dit venez je vais vous montrer votre enclos. J’appelle les ânes qui se remettent en marche derrière moi. L’enclos est grand et ombragé avec de très gros chênes au beau milieu, et des grands buis ici et là. C’est frais, c’est parfait. Je pose mon sac contre le 1er chêne et m’assois par terre. Je vais attendre Geoff et Tina ici, super. Mais merde il y a trop de mouches. Et d’où tu sors toi? Un petit chaton vient de sauter sur mon ventre et ronronne de plaisir….les ânes sont partis explorer l’endroit. Pascal n’est pas encore là, il rentrera plus tard. Je l’appelle sur son portable quand Bijou passe sous la clôture électrique qui n’est pas branchée pour aller brouter quelques mètres plus loin.

19h30. La clôture est enfin branchée et Bijou découvre l’électricité. Il est furieux. Il va se planter au milieu du champ et râler.

20h Geoff et Tina arrivent avec le matériel et le diner. Bijou et Bichette refusent qu’il s’approche d’eux. Geoff en est malheureux. Le diner n’est pas un moment de plaisir partagé. Je laisse Geoff et je vais payer pour ma nuit pour partir tôt demain. Tina a besoin d’aller aux toilettes. Les gens prennent leur apéritif, Pascal envoie Tina aller pisser dans la nature, salaud. J’ai besoin de lui, je ne dis rien. Je paye mes 8€ et il me montre un autre chemin pour demain qui sera moins dur pour moi. Au lieu de monter par le GR qui est très difficile au-dessus de Cabrerets et de redescendre par la rive droite du Célé pour rejoindre “les Cadichons” en traversant le Célé à la hauteur de Sauliac, il veut me faire passer par la rive gauche, en prenant une piste équestre juste après Cabrerets. Très beau me dit-il.

22h. je suis dans mon duvet.

Jeudi 8 juin – 7kms-  Centre équestre du Pech Merle ,Cabrerets /les Cadichons Bouygues    

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6h. Je suis debout. Les ânes  ont compris et ils attendent. Quand je m’approche de Bichette elle tremble de partout. Merde, elle est malade? Je décide de tout ranger et puis j’aviserai. Peut-être attendre que le monde du centre équestre se réveille et prendre conseil. Eventuellement appeler leur vétérinaire. Pauvre Bichette. Hier j’ai découvert qu’elle avait une grosseur à l’intérieur de la cuisse arrière droite, une sorte de gros champignon à côté de ses deux tétons….Qu’est ce que c’est que ce truc??? j’ai demandé à Geoff de m’apporter la boite d’argile vert dans ma salle de bain mais la seule eau que j’ai ce matin est celle de leur seau et elle est glacée. Je préfère attendre ce soir pour lui faire une crème.

7h. Le soleil se lève, je suis prête. Bichette ne tremble plus. La nuit a été humide et froide, nous sommes tous les trois heureux de foutre le camp. J’enlève le courant j’ouvre la barrière et on se casse, sans longe, chacun à son pas. A cette heure-ci personne. On quitte le centre équestre par l’entrée principale et devant nous qui sommes sur une crête, c’est un paysage extraordinaire qui se donne à nous de l’autre côté de la vallée: des étages de brume et de forêts, les uns sur les autres comme des livres sur une étagère, et qui brillent avec le levant. C’est majestueux, éphémère, émouvant. On s’arrête tous les trois. Est-ce une coïncidence ou les ânes sont- ils en train d’apprécier comme moi ce qui est devant nous? On en prend plein les yeux et on repart. Un peu plus bas on traverse le parking de l’entrée des grottes du Pech Merle où le GR descend à pic directement sur Cabrerets. 20 minutes dures m’ont dit le couple qu’on vient de croiser. Bichette refuse de descendre, et moi-même je n’en ai pas envie non plus. Pas de soucis Bichette, on prend la route qui descend en lacet doucement vers Cabrerets dans soleil du matin. Je suis devant, les ânes 50 mètres plus haut. On rencontre la camionnette des produits congelés qui monte réapprovisionner les congélateurs et frigos du restaurant/bar du musée. Ils nous saluent, sympa. Les ânes font sourire tous ceux que nous rencontrons.

Au Carrefour en bas je les mets en longe et nous rentrons dans Cabrerets. Un vieil homme assis sur un banc nous regarde passer c’est bien, c’est bien il  murmure. Je lui souris. Il répond par une grimace édentée. Un peu plus loin je demande à un passant le chemin de l’église. Pascal a dit, passez derrière l’église. L’homme traverse la rue, j’attache les ânes à un lampadaire et nous regardons ma carte, il me met sur le bon chemin et on repart.

Un petit pont en pierre à traverser et un énorme camion de gaz qui recule dessus. Qui passera en premier? L’homme est en retard, n’est pas intéressé par les ânes, bougonne, nous reculons. Il passe dans la poussière et le bruit, les ânes tremblent mais je les tiens bien. Une dame est sortie de sa maison pour nous indiquer le chemin. C’est celle du tableau de Monet qui m’avait indiqué le raccourci hier après-midi. Elle est toute joyeuse de nous retrouver. Elle est allée regarder sur internet et nous dit c’est par là, c’est goudronné pendant un moment et puis ce sera de la castine. Merci, merci beaucoup, on se sourit et on s’en va.

10 minutes plus loin je retrouve le mec qui m’avait indiqué le chemin dans le village. Il s’arrête à mon niveau, il me dit que je ne suis pas sur la bonne piste mais que celui-ci va où je vais aujourd’hui. Il continue sa route il a dû fauchage à faire. Je le retrouverai un peu plus loin à un carrefour, je pars à gauche quand j’aurais tout aussi bien pu partir à droite, je n’ai pas trouvé ce croisement sur ma carte. L’homme est encore là pour me dire que j’ai pris la bonne route. Je ne le verrai plus. Il était mon ange gardien. L’un d’eux.

La route monte sur la colline, tout est dégagé et on voit très loin, c’est beau, sauvage, et nous marchons bien. Nous ne ferons pas de rencontre aujourd’hui n’étant pas sur un GR. Un troupeau de taureaux dans un champ vont faire peur aux ânes en courant avec eux le long de leur clôture. Ils sont magnifiques avec des cornes énormes lancées vers le ciel. Pas une âme dans ce paysage aride et poussiéreux. On marche. Nous sommes dans la forêt domaniale de Monclar à part qu’il n’y a pas de forêt ici….un feu a tout brulé en 89, me dira Jean-Cri mon cousin du lot.

11h30. Voilà des bâtiments et du vert partout, c’est éveillé. Je me dis la civilisation de nouveau dans cet endroit perdu. La pelouse en bord de chemin est belle, des chevaux derrière la haie hennissent, l’entrée de la propriété est invitante sans barrière ni clôture ni limite. Mais pas de signe pour me dire que c’est ici. Pas une indication que nous sommes au camping des Cadichons.…A  part que, oui, c’est ici écrit sur la boite aux lettres.

Je suis étonnée d’être déjà là mais avec la journée difficile d’hier, c’est une bonne chose cette facilité aujourd’hui. Je me retourne et cet homme me salue. Les ânes broutent tranquilles un peu plus loin. Ils m’attendent. Je vais à la rencontre de cet homme mais ce n’est pas un sourire qui m’accueille  c’est une belle engueulade!!!! Vous êtes inconsciente de vous balader avec des ânes en liberté! Vous êtes dangereuse! Vous ne les gérez pas du tout, ils font ce qu’ils veulent…..pendant plusieurs minutes je suis sonnée, incapable de répondre. Lui il continue sa virulente attaque, rien ne l’arrête. Montrez moi qu’ils vous écoutent il demande. Je les appelle, tu parles, ils sont bien à brouter sa  pelouse, ils ne me regardent même pas. Ah les salauds! Il me fait un sourire narquois et il reprend de plus belle. Quand finalement il semble avoir fini je lui dis qu’il est très intéressant et j’aimerai l’écouter encore, que je ne connais pas tout de mes ânes et que toute information susceptible de m’apprendre quelque chose sur eux m’intéresse. Je lui souris. Du coup il se calme et nous parlons d’autre chose. Nous allons même devenir amis.

Ils ont des yourtes cachées derrière des haies, de vraies yourtes de Mongolie à proposer aux vacanciers amoureux ou désireux de découvrir la nature avec leurs enfants ou petits-enfants. Leurs 6 grands ânes sont à louer pour des balades en boucle dans la région, de

un à plusieurs jours…Lui et son épouse apprennent aux parents et grands-parents  le  comment prendre soin d’un âne, leur prépare des cartes de marche bien claires, leur proposent des gites ou camping où se poser pour la nuit, organisent tout pour eux. Leurs ânes aiment partir en randonnée me dit Jean Pierre.

Il  me montre le champ plus loin pour les miens et on y va avec Bijou et Bichette. Ce sera ma 1ere nuit hors de leur compagnie. C’est Jean Pierre qui me dit que c’est une bonne idée pour eux  d’être un peu seuls ensemble et de savoir qu’au matin je serais de retour. Du coup je sais où je vais monter ma tente…A l’ombre sous les pruniers sauvages là-bas. Je téléphone à Geoff et je vais m’allonger à la fraiche sous un arbre.

Rien ici qui fait penser à un camping, on ne voit que des haies sauvages autour d’espaces verts comme des labyrinthes, tout est impeccable, ils ont pensé à tout, tout fait eux-mêmes, les douches et toilettes sont planquées dans une petite grange en pierre, c’est plein de détails bien pensé. Du coup je vais prendre une douche sans serviette ni savon. Pour me rafraichir et me détendre.  Attendre Geoff les après-midi seront les moments les plus difficiles de ses 10 jours. Je n’ai rien à mettre sur l’herbe pour m’allonger et faire un somme, je ne peux pas prendre une vraie douche, j’ai oublié de prendre de la lecture, seulement attendre, attendre plusieurs heures en croisant les doigts que Geoff trouve la route, que rien ne lui arrive en chemin….

Et quand il arrive avec Tina c’est souvent le drame. Aujourd’hui le GPS les a fait passer par le même route que moi de Cabrerets mais un énorme engin, de ceux pour refaire les routes, barre la leur et ils doivent rebrousser chemin et passer par une piste pour chevaux avec des rochers énormes et des trous à éviter à tout prix. Ils ont mis des heures à arriver ici. Il est furieux. Tina est très inquiète pour lui.

 Entre temps j’ai rencontré Dominique, la femme de Jean Pierre et qui elle est responsable de leurs ânes et chevaux depuis 20 ans. Elle vient voir Bichette et cette grosseur à l’intérieur de la cuisse droite. Elle pense que c’est un sarcoïde, un virus assez commun chez les équins mais pas dangereux me dit-elle. Elle observe que Bijou a lui une hernie ombilicale. Je dois faire venir le vétérinaire en rentrant me dit-elle pour vérifier tout ça et les soigner. Elle me donne ses remèdes, qu’elle fait elle-même:

Pour le sarcoïde de bichette- Argile mélangé à de la teinture mère de Thuya +1 à 2ml d’huile essentielle de cannelle +1 à 2ml d’huile essentielle de girofle

Contre les mouches plates elle achète du“Butox Pour On” qu’elle leur met sur la colonne vertébrale. Seulement ce produit ne s’achète plus en pharmacie sans ordonnance vétérinaire.

Un autre produit pour les mouches plates est la Versatrine qui est plus cher que le Butox mais la molécule active, le deltaméthrine est la même que le Butox

Pour Bijou qui se gratte beaucoup en créant des petites plaques sans poils, elle recommande dans un flacon de 30ml d’alcool( de prune par exemple) 2 ou 3 ml d’huile essentielle de Tea Tree et de Palma Rosa.

Tina avait l’intention de rester camper avec moi ce soir , oh plaisir! et de rentrer avec Yves qui sera la demain matin pour déposer Monique à 8h. Monique, qui va passer une journée avec moi. Mais Tina ne va pas rester, elle est trop soucieuse pour Geoff qui ne gère pas du tout cette logistique qui lui a été imposée par défaut. Récupérer mes affaires, les emporter et me les emmener avec un repas pour le soir et mon  déjeuner du lendemain, me retrouver par ses routes perdues dans ses endroits paumés…. est tout simplement trop difficile pour lui et il est dans tous ses états. Il n’a rien le temps de faire à la ferme et il est stressé à s’en faire péter les plombs. Je me promets de ne pas refaire un tel projet. Plus tard Geoff me demandera, alors tu fais quoi pour tes 70 ans? Ha!  Ha!

Jean Pierre et Dominique m’ont préparé des cartes individuelles pour les 4 prochains jours . Mon itinéraire a changé pour plus de facilité et me faire arriver à ma prochaine étape moins fatiguée. Ils m’ont même rajouté une étape de plus à Ussac, pour m’éviter de marcher 26 kms avec la chaleur. Je leur suis très reconnaissante. Les 18€ que je paye pour ma nuit est un prix ridicule pour le service que je reçois ici.

Vendredi 9 Juin -12.5km– Les Cadichons Bouygues/Gite de Galance Marcilhac

8h10- Yves et Monique sont là. Ma petite tente de chez Lidl est cassée…pas vraiment inutilisable mais impossible de la replier dans son sac. Yves la remmène chez nous avec les autres de mes affaires qu’il donnera à Geoff pour ce soir. J’ai dit à Geoff que j’utiliserais la bâche des ânes qui est une option tout à fait convenable mais il ira à Montauban m’en chercher une autre chez Décathlon et ce soir je dormirais bien sans mouche ni moustique. Merci Geoff.

Je vais chercher les ânes et avant de partir Dominique soulève leurs pieds et me montre le travail à faire par le maréchal ferrant pour rectifier l’angle de leurs sabots. Je ne regarde presque jamais leurs sabots. Elle me montre comment les soulever pour que l’âne accepte d’avoir les pieds manipulés. Merci Dominique.

On part. Des petites routes de campagne tout d’abord, la campagne profonde du Lot que Monique aime tant, où elle est née. Nous sommes joyeuses. Sous l’influence de Jean Pierre, J’ai Bijou en longe pour les premières 20 minutes pour aucune autre raison que celle d’accepter de marcher sans brouter même si Bichette est libre derrière nous. Il râle un peu, se rebute, mais je tiens bon. Normalement sur ces toutes petites routes ils sont libres tous les deux. On avance doucement, surtout ne pas se fâcher, ne pas perdre patience. 1/4h après il accepte enfin, il marche bien. Au bout des 20 minutes je le lâche, il retrouve la Bichette qui est en chaleur et qui lui offre ses fesses. Il la monte sous les yeux ahuris de Monique. Monter la Bichette est d’une parfaite civilité. Pas d’agressivité chez  Bijou qui est castré mais qui de toute façon est un âne très doux. La tendresse de mes ânes je l’observe si souvent. Durant nos 10 jours ensemble, Bichette sera “servie” souvent, dans les chemins et sur les routes du Lot.

Au détour du chemin à Aynac, nous côtoyons une ferme avec des dizaines de brebis, les ânes s’arrêtent et les animaux se regardent. Une vieille femme apparait derrière son mur, étonnée par nos ânes non bâtés. Non ils n’ont pas encore appris, j’explique. Dire les choses simplement, les gens entendent. On se sourit, on repart.

Nous laissons la route à droite qui part sur Limogne et nous continuons direction Marcilhac par la Combe Nègre. Le Célé n’est pas loin. A un croisement de chemins ,on s’assoit sur un arbre tombé, on déjeune. Quelle direction prendre? L’option n’est pas franche. On bavarde, on ne prend pas garde, on prend le chemin qui monte à gauche, et cette rivière à main droite nous semble bien grande et pas vraiment marquée sur notre carte….on continue à longer l’eau de très près et sur un chemin très très étroit et sombre, il faut baisser la tête souvent, pas vraiment pour les ânes, surement pas pour des chevaux, plein de mousse accrochée aux squelettes des arbres, sans penser une seconde, idiote de moi, que c’est bien le Célé ici à ma droite, et que je nous ai plantées. On va dans la direction opposée ! On aurait dû partir sur la droite et traverser le Célé au niveau du village de Monteils, et puis le longer ensuite sur la rive droite jusqu’à Marcilhac mais  ça, on ne le sais pas encore, on continue, les ânes hésitent souvent sur ce petit sentier difficile mais nous suivent. Monique appelle ce chemin, le chemin de sel, et puis on aboutit à une route et puis un pont en pierre, Dieu que cette région est belle avec toutes ses pierres….et un panneau : Sauliac-sur-Célé ! Nous avons raté un carrefour.

Refaire chemin arrière n’est pas une option. Opter pour le GR qui grimpe au-dessus de Sauliac et domine la vallée du Célé, peut-être? Nous montons à Sauliac et cherchons le GR, celui que j’avais marqué sur ma carte quand je préparais mon aventure. Après bien des hésitations et sans trouver ce GR, nous redescendons prendre la route qui nous mènera à Marcilhac. Le facteur nous indique comment y accéder par un raccourci. Marcher sur le goudron nous repose les pieds. Il fait frais, pourquoi pas. Nous avons perdu 2 heures mais il n’y a pas le feu.

Sur le bord du chemin un peu en retrait de la route on s’arrête pour boire un coup. Je me découvre 2 tics que j’arrache, j’ose pas enlever mes chaussures, j’ai des ampoules pourtant…Contre les ampoules il faut mettre 2 paires de socquettes m’avait dit Tina. Monique ne perd pas de temps, elle appelle Yves pour qu’il m’apporte des chaussettes ce soir. Pas de soleil aujourd’hui, un ciel bas, et pour marcher c’est idéal. On continue. On arrive à Marcilhac. On ne visitera pas l’abbaye bénédictine du XI siècle et qui pourtant en vaudrait la peine avec sa connections avec l’abbaye de Conques. Pas étonnant que des pèlerins passent ici depuis plusieurs siècles. Je ne suis pas pratiquante, je ne trouve rien chez les cathos qui puisse me nourrir l’âme et pourtant ces chefs-d’œuvre d’architecture me fascinent. On y est si bien dedans… Pas de regret, nous y reviendrons.

Au milieu du village une toute petite pancarte à peine visible nous indique notre gite. On remonte une rue, devant la cour de la petite école les enfants crient et accourent en apercevant les ânes. On s’arrête et on bavarde avec la maitresse et les enfants. Certains ont eux aussi des ânes, les nôtres ont droit à plein de caresses qu’ils acceptent sans sourciller. On continue à remonter la ruelle. Le gite de Galance est un beau gite tout neuf et moderne. A l’entrée une petite chapelle discrète. L’accueils que nous recevrons sera de 1ère qualité. Jean a préparé un enclos électrifié pour les ânes qui ont compris maintenant et ne s’approchent pas de la clôture. Ma 2eme photo depuis le départ : Les ânes, ma tente et la chaine de rochers derrière. Magnifique.

On découvre un élément majeur qui contribue à l’appréciation de cette région: il n’y a pas de panneau publicitaire du tout puisque nous sommes dans un parc régional…, quelle paix pour les yeux, le cœur, la tête…

Avec les pieds enfin dans un bassin d’eau froide javélisé, nous allons bavarder avec Véronique, la femme de Jean pendant plusieurs heures en attendant Geoff, Tina et Yves qui rentreront avec Monique. Ce gite était le rêve de Jean et Véronique et il a été dessiné par un architecte des bâtiments de France. C’est sobre, élégant, pratique, et spacieux. Bravo les amis. Avec leur convivialité exemplaire, c’est un endroit populaire où ils accueillent aussi des jeunes en déroute. Jean et Véronique ainsi que leurs 6 enfants ont tous été randonneurs et le petit basin javélisé pour les pieds en est une preuve directe. Ils ont vraiment bien réfléchi à toutes ces petites choses qu’ils offrent et qui sont si réconfortantes quand on est un randonneur fatigué. Monique parle de revenir demain matin. Je lui dis non, repose-toi.

Samedi 10 juin – 14kms – Gite de Galance Marcilhac/camping du vieux Moulin Brengues

A 8h Monique est là avec Yves. Son pied n’est pas si mal et elle a tellement aimé hier, elle est revenue. Je suis heureuse d’avoir sa compagnie. Yves m’aide à tout ranger. Il va visiter la région pendant que nous marcherons. Il est vraiment sympa.

Du soleil, la journée promet d’être chaude, nous montons, suivons le GR 651, jusqu’au plateau, petits sentiers étroits, beaucoup de taons, des gariottes souvent, ces petits bâtiments en pierre ronds juste assez grands pour se protéger de la pluie et dormir quand on est berger dans ses hauteurs. Un homme nous fait visiter sa gariotte quand on s’arrête chez lui pour déjeuner, il y tout à l’intérieur pour y vivre quelques jours, il est chasseur, Monique s’extasie. Il a 60 hectares là-haut dans les garigues nous dit-il. On domine le Célé. Et puis on redescend sur St Sulpice, un village latéralement accroché à la roche avec 100m avant ces maison troglodytes étonnantes, comme nées du rocher tels des champignons. A l’église on rerempli les bouteilles d’eau. On remonte. Direction Brengues, pas de route aujourd’hui à part quand on traversera Brengues. Il fait très chaud. Le GR est vraiment bien indiqué, pas possible de se perdre comme hier. On rencontre deux femmes qui marchent comme nous, mais dans le sens inverse et dont les maris font le relais des affaires, comme Yves et Geoff. On croise aussi un groupe de jeunes gens avec leur joli chien qui porte ses 2 sacoches sur le dos avec son eau et ses croquettes.

A Brengues Monique appelle Yves et lui donne rendez-vous à 16h30 au Camping du Vieux Moulin, 2 kms après Brengues sur la route de Fijac. Ces derniers kms se feront sur la route ombragée, le long du Célé.  Jean Pierre des Cadichons m’avait proposé de nous arrêter au camping municipal qui est plus sur mon itinéraire, mais j’opte pour ce camping privé un peu en dehors de mon circuit, J’ai besoin d’organiser le transport de mes affaires par une société spécialisée pour les randonneurs et donner ainsi à Geoff une pose. Au Vieux Moulin j’ai plus de chance d’être aidée. J’ai eu raison. L’accueil est chaleureux, vraiment sympathique. Yves et Elisabeth originaire de la région parisienne, ont repris ce camping abandonné en 2011 , et en ont fait une merveille de convivialité et de détente. Il s’étend loin le long du Célé à la fraicheur de grands platanes. La piscine est juste devant le bar-restaurant avec des jeunes qui s’éclaboussent et rient, il y a tout et le meilleur pour les vacanciers.

Yves m’offre de me servir du téléphone dans son bureau pour appeler Geoff et organiser le transit de mes baggages. Mon portable n’a plus de jus. En fait le prix demandé pour le transfert de mes affaires ne justifie pas le service et en fin de compte ils refusent de m’aider me disant que je suis à contre-courant des randonneurs sur le chemin de Compostelle. Yves et Elisabeth lèvent les yeux aux ciel exaspérés. Geoff devra venir demain, tant pis.

Yves et Monique m’aident à me préparer pour la nuit, faire une clôture pour mes amis, aller leur chercher de l’eau. On prend des photos, on s’embrasse, on se remercie et ils s’en retournent. Monique doit reposer son pied. Il y a quelques années de cela elle s’est défoncé le talon droit en tombant d’une échelle. Depuis les réveils sont pénibles. Elle est courageuse.

Une fois partis et mon camp installé, je pars prendre un repas au restaurant du camping à 200m de mon installation. Je demande à ces 2 campeuses à 20 mètres plus loin de garder un œil sur mes ânes, mais je n’ai aucun doute cette fois qu’ils resteront dans leur enclos où il y a de l’eau, de l’herbe et de l’ombre. Au restaurant J’y retrouve un couple de marcheurs Bretons sympas, on nous offre le repas du randonneur, un menu surprise nous dit Yves avec un clin d’œil. J’ai faim. Un repas très copieux pour 17 euros, 5 plats, du rosé, de l’humour, de la gentillesse, je suis ravie. Quand je quitte l’endroit il est plein de jeunes et moins jeunes au bar, d’amis et d’amis d’amis….bruyant, vivant.

Dimanche 11 juin- 15kms– Camping du Vieux Moulin Brengues/Camping Pech Ibert Beduer

5h30 je me lève avec la rosée et une brume épaisse. Je démonte et range, les ânes partent brouter plus loin dès que leur clôture est par terre. Et puis ils repèrent le chien du propriétaire au loin qui rentre avec son maitre de leur balade matinale alors ils partent en courant. Merde, Je ne peux pas les appeler au risque de réveiller les autres campeurs. Je pars les chercher, et attache Bijou à un arbre le temps de finir les préparatifs de départ. A peine quelques minutes et il se prend les pates dans la corde et s’écroule. Je démêle doucement et le détache. Il semble avoir compris, il reste là.

7h30, on s’en va. La route est fraiche et vide le long du Célé. On passe un pont en pierre à gauche après le carrefour, laisse la rive droite du Célé  et on file sur Merlet, un petit village endormi ou je ne vais pas réussir facilement à trouver mon chemin. En effet il passe entre deux belles bâtisses où l’un des propriétaires a tondu et qui ressemble plus à l’entrée d’un joli jardin plutôt qu’au début d’un chemin. Au bout de 20 minutes à monter et descendre les ruelles sans rien trouver Je demande à quelqu’un de venir à mon aide.

Bon, on y est . Très vite j’ai de l’herbe jusqu’ à la taille et je traverse des sous-bois ou personne encore cette année n’a marché. Le chemin sur 2 ou 3 kms est à peine visible. Puis il s’ouvre, s’empierre et monte dur. A un Y, je  prends à gauche, Bichette prend à droite. Elle reviendra sur ses pas à contre-cœur pour me suivre. 100m plus bas j’ai des doutes et repars en arrière. Merci papa de me donner la sagesse de douter de mes choix.  Je scrute ma carte, Bichette avait raison. Nous sommes sur une piste équestre avec très peu d’indication quant à la bonne direction. Savoir déchirer une carte est un art que je ne gère pas bien. Quel bonheur quand les fermes que je vois ici et là correspondent à ces petits points noirs sur mes cartes.

On monte, on est maintenant sur un plateau avec des champs de blé partout, c’est vallonné c’est ouvert, c’est tellement beau. On redescend, on prend une communale pendant plusieurs centaines de mètres et on retrouve la piste équestre. A 3 kms de Béduer, des dizaines de VTT dévalent notre chemin, j’ai à peine le temps de retenir les ânes qui paniquent. Quelques cyclistes se plaignent, d’autres s’en foutent, un groupe de femmes randonneurs s’arrête, on bavarde. On pousse les ânes sur le côté, on laisse passer ce torrent de couleurs et de testostérones, on continue. Plus bas ça recommence à nouveau mais en s’égrenant, un puis un autre puis d’autres encore qui dévalent à s’en fracasser les os. En arrivant sur Béduer on commence à entendre de la musique. Il y a un festival,  je découvre la 2eme Bédueroise, un rendez-vous VTT, avec une radio locale et son DG. Et puis au tournant de la route en contre-bas c’est une mare de métal, qui s’affaire…avec des centaines de sportifs. Pour mes ânes cet après-midi sera décisif. Ils n’auront plus peur des vélos. En passant la ligne d’arrivée pour continuer un peu plus haut et accéder au camping, les ânes sont filmés par une journaliste. Ils ne voudront pas passer sous les boudins gonflés qui flottent au-dessus de la route, on fait un détour. Partout sur l’herbe, sous les arbres sur plusieurs hectares il y a des familles entières venues soutenir leur sportif de fils ou de mari qui déjeunent et font des siestes.

13h20 nous passons le portail du camping. Jean Paul vient à ma rencontre. Vous êtes Martine? Oui. Vous êtes célèbre! Ah bon? Sourire amical, il me dirige vers l’enclos pour Bijou et Bichette, il y a de l’eau, il me prête son portable et j’appelle Geoff. Jean Paul m’emmène ensuite au bar. Sa famille est en train de préparer le repas familial, une grande famille, avec les enfants qui trainent pieds nus entre les adultes, des bonnes odeurs de viandes grillées, de melon, la table est mise sur la terrace, tout le monde s’affaire, je bois un grand verre d’eau fraiche et puis un autre , et un autre encore. Il y a un vieux randonneur qui vient d’arriver et qui boit une bière. Jean Paul fait une blague à son petit-fils. Ce grand mec bien solide et jovial est une montagne de tendresse. Vos ânes sont des ânes de luxe il me dit quand je lui fais remarquer qu’ils n’ont pas bu l’eau de leur enclos. Il va leur chercher un grand seau qu’il remplit devant moi. Elle doit être trop chaude iI ajoute.

17h- j’ai mal dormi dans un fauteuil en plastic derrière une roulotte quand Geoff et Pauline arrivent. Geoff ne reste pas, il décharge mes affaires et le repas de ce soir, on va boire un verre au bar, faire le point et il repart. J’ai vu une piscine et j’ai mon maillot. mmmmmm. Quand nos tentes sont montées je vais me plonger dans l’eau fraiche. C’est di-vin. Une jeune allemande me rejoint, on bavarde. Pauline est partie prendre une douche. Elle était partie de Paris ce matin, arrivée à Caussade à 2h15, elle est fatiguée. Avec la transpiration j’ai très mal là où ma culotte frotte entre mes cuisses. Pauline me donne un tube de Vaseline et je ne porterais plus de culotte. Je suis comme un bébé avec les fesses rouges. Quelle douleur. La Vaseline me fait du bien. Geoff nous a fait un curry au poulet, on se régale. Je vais payer notre nuit et les 2 sandwiches que j’ai commandé pour demain.  A 9h on est couchées.

Lundi 12 juin – 12 kms–  Camping Pech Ibert Béduer/ Ussac

6h45 On est en route. Une journée sans soleil et Dieu que c’est agréable. On marchera bien. Des chemins relativement faciles sur le GR 65. On traverse Gréalou où on trouve un cerisier à cerises jaunes sur le bord de la route. On s’en met une ventrée et je garde quelques noyaux pour les planter plus tard à Balthazard. Les ânes les apprécient aussi. Un peu plus loin on rencontre un couple avec 2 jolis setters joyeux. Ils les tiennent bien et les ânes les reniflent amicalement. On bavarde, Pauline me dit de tenir mes ânes, je l’ignore, ça l’énerve et elle s’en va marcher devant.

On repart. Quand les ânes sont un peu trop loin derrière je les appelle et s’ils arrivent en courant je les remercie toujours . “good boy!”, “good girl!”. Ils sont mes enfants, mes amis, mes compagnons de voyage. Pauline me dit que j’en fait trop avec eux. Là-haut, le GR65 nous emmène sur des plateaux. Des dolmens sont indiqués. Rencontre avec un couple de randonneurs, bavardage, on se perd un peu quand il nous faut quitter le GR pour prendre direction Ussac. Jean Pierre m’avait signalé les coquilles St Jacques, suivre des coquilles St Jacques sur à peu près 2 kms m’a-t-il dit. Les propriétaires du gite de Ussac Dominique et Sylvie en ont mis tout le long de ce chemin de chèvre pour aider les pèlerins à arriver chez eux. Sylvie m’a demandé de ne pas arriver avant 4h30. Sur le plateau on s’arrête 2 heures pour manger et attendre l’heure dite. Nous sommes arrivées au point le plus élevé du coin. Il y a 2 chaises, une sorte de table  et un téléphone dessus avec un message sous plastique. A partir d’ici plus de réseau donc plus de portable. Les ânes broutent tranquilles. Pauline va manger puis bouquiner et dormir dans la bruyère. La vue sur la vallée est belle avec un grand ciel. Ça ressemble aux Pyrénées avec une herbe rare et des petits buissons au ras du sol. Pauline m’a prêté le bouquin de Sylvain Tesson, parti vivre seul au bord du lac Baikal en Sibérie pour 6 mois. Il résonne bien pour moi. Je suis heureuse d’avoir un truc sympa à lire. Merci Pauline. Bijou me colle espérant que je lui chasse ses mouches. Je le fais toujours.  Pauvre Bijou.

On descend sur Ussac. Sur notre passage des messages marrants : tu n’es pas responsable de ton visage mais tu es responsable de la gueule que tu fais.  Il y a toutes sortes de sculptures étonnantes ici et là, faites de troncs d’arbres qui nous accompagnent comme des sourires le long de ce petit sentier.

16h On arrive à Ussac, juste quelques jolies maisons dans un cul de sac. A côté du panneau vous êtes arrivés on se met dans les fauteuils. J’ai mis les ânes dans un pré attenant à la maison. Quelques minutes et cet homme se montre, il est très mécontent, nous demande ce que l’on fait chez lui. Je devine qu’il est Dominique. Quand je lui dis que nous allons passer la nuit ici, il me dit certainement pas. Je lui parle de ma conversation avec Sylvie son épouse et il me dit qu’elle m’a envoyé un texto pour décommander mon passage. Je lui dis que mon portable n’a plus de jus et que je n’ai pas vu son texto. Il est si désagréable que je lui dis qu’on s’en va, que ce n’est pas mon intention de le gêner. Il se radoucit mais il me demande Pete-sec de sortir mes ânes du pré. Leur pré est plus haut, il me le montre du doigt. J’y monte avec les ânes.

Toutes les quelques maisons sont habitées avec des jardins pleins de légumes partout. On sent la vie d’une petite communauté soudée. On va attendre Geoff au sortir du hameau. Dominique passera plusieurs fois avec son tracteur et nous dira de nous remettre dans les fauteuils. On dira non. Au téléphone j’avais dit à Sylvie que je n’avais besoin que d’un champ, rien d’autre. Bien qu’elle fût réticente elle m’avait dit oui ok. Quand il nous voit monter les tentes dans l’enclos des ânes il viendra nous inviter à les monter près de la maison et des sanitaires, on refusera. Geoff va apporter du foin et de l’eau pour les ânes, notre repas, on a besoin de rien. Il va aussi apporter du Butox pour les ânes qui sont couvert de mouches plates entre les cuisses et qui sont en train de devenir fous. Quand geoff arrive, je prépare un mélange et je les badigeonne, ils se calment instantanément.

Pauline s’énerve à monter sa tente. Quand j’ai fini avec la mienne, je l’aide avec la sienne avant de fixer la mienne au sol. C’est une super tente plus sophistiquée que la mienne mais pas une qu’on veut démonter et remonter tous les jours…pareil avec le matelas qu’il faut gonfler à la bouche. Elle ne veut pas que je mette ma tente à côté de la sienne parce que je ronfle me dit-elle. Le bruit en général la dérange. Elle souffre. Mais de quoi, elle n’en parle pas. Je ne me sens pas concernée et je ne veux pas porter sa souffrance. Je reste légère, tout va bien.

Mardi 13 juin- 13km – Ussac /Mas de Gantille St Jean de Laur.

6h45 nous sommes sur la route. Ce sera une journée très très chaude. Les chemins s’élargissent, s’aplanissent. Nous avons une averse de 5mn. Les ânes baissent les oreilles, Pauline se couvre de sa cape, moi je regarde le ciel et boit cette pluie divine. Direction Cajarc. Une jolie route facile et puis le GR. On continue. Juste à l’entrée de Cajar, je demande à Pauline de me prendre Bichette en longe, elle refuse.

Avec Bijou et Bichette à mes côtés, on traverse cette ville bien vivante. Après toute cette grande campagne silencieuse c’est un choc de tous les sens. Quelle activité ! Une vraie fourmilière. On traverse des passages cloutés, on cherche le GR qui se tortille et qu’on devine se faufilant dans des ruelles étroites et à sens unique. Je suis sûre que ce serait sympa de pouvoir y jeter un œil, mais ce n’est pas pour nous. Les ânes n’ont pas l’air convaincu du tout. Une personne sort d’un restaurant et m’offre un sac de pain sec pour les ânes. Je la remercie de son attention mais je lui dis que le pain sec n’est vraiment pas bon pour les ânes. Elle comprend, me sourit et répond à ma question. Oui, on peut reprendre le GR un peu plus haut, la 1ere rue à droite.

On bifurque sur la droite, puis à gauche, on côtoie la piscine pleine d’enfants bruyants, on quitte Cajarc et retrouve le GR qui longe la nationale au loin au pied de la falaise.  Des champs de maïs,  beaucoup de noyers. On traverse une zone industrielle et puis un pont sur le Lot. On monte et on monte encore. Que c’est beau…partout des hameaux silencieux, quelques cerisiers nous tentent, des pruniers sauvages à prunes rouges acides que les ânes aiment. Près de St Jean de Laur un seul randonneur qui dégouline de sueur. Il est allemand. Aucune possibilité de conversation. On le retrouvera ½ heure plus tard au gite où il viendra boire avant de continuer.

1h30- Colette et Roger nous accueilleront très gentiment dans leur gite avec une grande carafe d’eau fraiche et des glaçons. Ils sont alsaciens et parlent allemand et anglais en plus du français. Ils sont là depuis 2011. Leur gite est propre et frais, on laisse les chaussures à l’entrée, une grande salle à manger- cuisine et un coin épicerie avec une liste des prix et une boite en fer blanc pour y mettre les sous. On peut donc faire quelques achats et cuisiner soi-même. Colette nous dit que Roger est allergique aux équins. Il ne doit pas les toucher ou marcher dans leur crottin. Ele préparera notre petit déjeuner ce soir, le seul repas qu’elle propose aux marcheurs. Ils ont préparé un enclos pour les ânes avec de l’eau mais elle n’est pas électrifiée et Bichette suivi de Bijou, aura vite fait de passer dessous pour aller brouter plus loin , là où il y a plus d’ombre. Nous on va vite prendre une douche. On a trouvé du savon-douche laissé par d’autres et nous en profitons. Quel Bonheur….De la salle de bain j’ai vu l’enclos vide. Merde. Mais non, ils sont juste quelques mètres plus loin. Ouf. Je vais mettre la petite table de jardin près des ânes pour qu’ils ne soient pas tentés de s’aventurer plus loin et je m’assieds avec mon livre. Si je reste là, les ânes resteront eux aussi, et quand Geoff arrivera, je consoliderais cette clôture avec mes cordes.

Colette et Roger me rejoignent souriant, apportant leurs chaises, Pauline arrive aussi et on nous sert un apéritif délicieux, nous bavardons, nous payons pour notre nuit et notre petit déjeuner et on attend Geoff ensemble qui ne devrait pas être loin. Roger a planté de la consoude, je vais voir si les ânes ne la détruisent pas, mais non, elle ne semble pas les intéresser. Quand Geoff arrive, je file chercher les affaires. Roger a demandé à Pauline de rester avec les ânes. Elle est furieuse et dès que je reviens avec mes affaires elle rentre au gite sans un mot. On ne la verra plus de la soirée. Geoff nous a fait un délicieux chili con carne, et nous mangeons ensemble dans cette pièce fraiche. Je laisse une assiette pleine sur la table pour Pauline au cas où elle descendrait plus tard. Un jeune couple américain est là, ils ont payé pour pouvoir se faire de la cuisine et puis ils s’en vont faire du camping sauvage. Ils n’ont pas beaucoup de sous.

Geoff rentre à Balthazard et je vais me coucher. Ma tente est dans l’enclos des ânes, j’ai consolidé la clôture et ils sont maintenant à l’intérieur.

Mercredi 13 juin- 13kms– Mas de Gantille  St jean de Laur/ Varaire

5h30 Pauline me réveille. La météo de Geoff disait une journée encore plus chaude aujourd’hui…

6h45 Après le petit déjeuner de Colette que je voulais gouter, on file. Des petites routes suivies de chemins et puis des routes et des chemins, et dans les bois souvent.  La fatigue accumulée jour après jour, nous met à nu, disent-ils, ceux qui font le chemin de Compostelle. 9 jours pour moi déjà, et je ne garde que l’essentiel, je garde cette faculté d’être émue par cette nature sauvage dans ses plus petits détails, émue par mes ânes qui ont tant appris, émue par ces rencontres de gens extraordinaires de gentillesse et de générosité. Plus tard, après être rentrée, je serais étonnée par l’absence de pensées dans ma tête pendant ces 10 jours. Il n’y avait rien dans ma tête je réaliserai. Seulement marcher, mettre un pas devant l’autre, avancer, ne pas trébucher, ne pas se tordre une cheville, vérifier que les ânes suivent. Un repos complet pour la matière grise. Je suis revenue si décontractée et reposée que tout le travail qui m’attendra à Balthazard ne me stressera pas. Et du travail il y en aura! Beaucoup de mon jardin sera mort ou presque avec le manque d’arrosage, et l’herbe partout m’arrivera à la taille. Mais je serai zen sans me forcer. Pour moi ce sera une première. Ils disent si tu vas mal, marche. Si tu vas bien, marche. Si tu as besoin d’aide, marche. Si tu as besoin de repos, marche. Si tu as besoin de réfléchir, marche. En effet quand la tête se vide, il y a soudain de la place pour l’inimaginable…. Je peux imaginer une vie de pèlerin sereine.

En traversant Limognes en Quercy les ânes s’arrêtent devant un café. Ils observent tout, ils ne semblent pas pressés de repartir du tout. Ils sont vraiment curieux de tout. Des touristes les photographient, d’autres les caressent, quelques questions, j’attends qu’ils se décident. Pauline est loin devant je ne la vois plus. De Limogne à Varaire autant de route que de chemins de forêt, mais rien de bien difficile. On est rodé.

3h- On arrive à Varaire, Pauline a repéré un gite et espère pouvoir y dormir.  Au centre du village on s’installe sur un banc sous les platanes, chaque âne attaché à un des accoudoirs, le restaurant des marronniers derrière nous où je vais remplir leur seau. Bijou boit beaucoup, Bichette rien du tout étonnamment. L’herbe verte le long des chemins est suffisante en eau et ils se passent de boire facilement dans la journée et le soir ils ne se précipitent pas sur l’eau même avec ces grosses chaleurs que nous avons connues. J’en ai eu la certitude ces deux derniers jours quand j’ai emporté un seau vide attaché à mon sac à dos pour les faire boire si on rencontrait un ruisseau ou une autre source d’eau. Et comme Bijou venait souvent mettre le nez dans le seau, je pensais donc qu’il avait soif, mais quand je lui en offrais il n’en buvait jamais. Et puis j’ai compris : A la ferme, quand on a des friandises à leur donner, carottes, pommes, laitue…c’est toujours dans un seau qu’on leur donne….le nez dans le seau c’est tout simplement pour vérifier au cas où il y aurait quelque chose pour lui. Malin!

Maintenant de chaque côté du banc, ils sont immobiles, endormis. Devant nous et de l’autre côté de la rue, le très beau lavoir de Varaire en contre-bas, vestige romain. Pauline est partie nous chercher une boisson. On appelle Geoff et on l’attend là. Qu’il fait bon. Et puis Pauline m’accuse, cette fois c’est violent, de faire passer les ânes avant elle. Je l’écoute me dire que je n’écoute rien, que je la traite comme de la merde.

Geoff arrive et je monte  avec lui repérer ce champ derrière la mairie  qui m’a été proposé pour ce soir par le maire en Novembre dernier. Nous redescendons chercher les ânes et mes affaires et je monte mon camp. Quand je retrouve Pauline sur le banc je lui dis que je ne veux pas marcher demain avec elle, pour mon dernier jour. Que c’est vrai, les ânes passent avant elle, comme ils sont passés avant Tina et Monique. Mais pour Tina et Monique c’était une évidence, le but de mes 10 jours….pas un problème. La douleur de Pauline n’a rien à voir avec moi, elle rentrera avec Geoff et décidera ce qu’elle veut faire ensuite, peut-être rentrer sur Paris demain.

Ils s’en vont et Je rentre dans le restaurant pour me faire faire un sandwich pour ce soir. Une femme charmante m’envoie à la boulangerie d’en face chercher une demie baguette et elle me la rempli de laitue, oeuf, poulet et fromage. Je paye 5€ pour un truc énorme!!! Je monte à mon campement plus haut dans le village et je me prépare pour ma soirée. J’ai un bon bouquin , 4 heures pour lire avant la tombée de la nuit et un bon truc à manger. Que du plaisir. A part qu’il semblerait que l’endroit choisi ce soir à la droite de la salle des fêtes ne soit pas celui dont le maire parlait. En effet celui-ci n’est pas derrière la salle des fêtes mais sur le côté. Il a une haie épaisse sur 2 côtés, et un mur en pierre sur les 2 autres dont un petit portail en fer blanc habillé de ronces donnant sur la route. Avec 5 mètres d’ouverture côté salle des fêtes que j’ai clôturée je le trouvais parfait. Au milieu il y a une table en pin de celle que l’on trouve dans les parcs avec les bancs joints…mais serait-il privé comme le pense la femme du restaurant? Du coup je vais mettre ma tente contre un des murs et sous un gros frêne, loin des regards. Je suis hors vue. Je m’enferme dans ma tente pour me protéger des mouches et des taons et je bouquine. Il y fait très chaud mais je suis bien. Les ânes ont l’air bien aussi. J’entends des gens s’arrêter de temps en temps et discuter, prendre des photos de mes amis. Là où je suis planquée ils ne peuvent pas me voir mais je les entends. Toute la nuit je serais consciente de la vie derrière mon mur avec un mec qui viendra changer les posters dont le tableau est littéralement derrière moi de l’autre côté du mur. Il y a même des amoureux qui viendront se faire des calins….et moi qui pense que peut-être  le propriétaire va venir me virer. Je me sens comme une adolescente qui a fait une bêtise.

Jeudi 11 juin- 18,5kms – Varraire/Balthazard

6h. Geoff est la comme convenu pour m’aider à tout ranger. Il a oublié mon sandwich. Pas grave. Je l’appellerai à Vaylats, à 6km de la maison,  et il me l’apportera. On part. Les ânes ont du mal à bouger. Ils attendent Geoff qui ne viendra pas. Au centre du village on monte sur la droite, ou je distingue la ligne rouge du GR sur un lampadaire. On quitte le village, les ânes derrière moi sans longe comme d’hab. De plus en plus souvent dans ces 10 jours ils sont sans longe. Vers la fin de notre voyage ils se mettent sur le côté de la route pour laisser passer les voitures. Bien sur ce ne sont que des communales pour la plupart mais tout de même, c’est un apprentissage réussi. J’ai besoin de leur apprendre droite et gauche, mais cela viendra avec leur carriole plus tard. On suit le GR de Pays de Midi Quercy, et sous Bach, nous prenons direction Vaylats. Je reconnais le chemin pris avec Tina. Nous sommes maintenant en pays connu, le chemin est facile.

9h30 A Vaylats je me pose sur un banc en face du monastère et j’appelle Geoff. Il n’arrive pas à croire que je suis déjà là. Les ânes broutent sous les arbres, il fait frais, la pelouse est bien propre. Puis Bichette se couche et fait une somme. Bijou reste debout à côté d’elle à un mètre du banc. J’aime mes ânes.

10h Geoff est là avec une carotte pour chacun d’eux. J’ai eu ½ heure de repos allongée sur le banc, je suis prête à repartir, j’ai hâte maintenant de rentrer. On ne rencontrera personne sur le chemin du retour. Le long des champs de blé, d’avoine ou d’orge, j’ai compris que si je marche sans m’arrêter quand les ânes décident de manger quelques épis sur le bord d’un champ, très vite ils se remettent en route pour ne pas me perdre. Si au contraire je fais marche arrière pour les sortir du champ, je fais plus de dégâts en allant les chercher. Je suis touchée et réconfortée par cette réalité qu’ils ne veulent pas me perdre de vue.

En traversant Belmont St Foi, je quitte le GR et je me dirige sur Gardemont, le beau lavoir, on voit la ferme au loin. Allez les ânes ça sent l’écurie ! Je choisi un détour par Mazerac pour éviter de se retrouver sur la route Belmont-Puylaroque. En montant le chemin boisé entre le moulin de Raymonde et Georges et la maison de Monique et Yves, Monique m’a aperçu et elle appelle Yves pour me faire la fête. Martine est Là! Martine est Là! J’ai des larmes aux yeux. Elle est rayonnante, Geoff dit qu’elle a 17 ans et pas 69 depuis qu’elle est revenue de ces 2 jours de marche ensemble. C’est vrai qu’on était bien ensemble. Elle m’annonce heureuse qu’elle n’a plus peur de mes ânes. Leur proximité de tous les instants pendant ces 2 jours l’a enchanté.

 Les ânes ont monté le petit chemin en gambadant en ruant et en pétant, chose qu’ils font quand ils sont vraiment heureux. Ils vont directement dans leur enclos ou Dini semble perplexe de les voir revenir. Notre bélier ne quittera plus Bijou de la journée. Geoff me disait à quel point il semblait seul. Pauline est au coin de la maison, souriante. Dès que je rentre dans la maison elle me demandera pardon, trop d’émotions diverses me dit-elle. Moi, je vais m’allonger et jouir de mon bon lit. C’est la fin du voyage. Quel voyage !

Et je repartirai ! mais jamais sans mes ânes.

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