Sur les mots et la grammaire

L’orthographe en français m’est rebelle, elle qui jadis était mon amie.

Au titre précédent “ je me suis laissée dépassée », Dom m’écrivait que « dépassée » devrait être à l’infinitif. Or moi, je l’aime bien au féminin. Licence artistique, je lui ai répondu. Quel ego ! m’a-t-elle répliqué. Je ne vois pas la relation avec l’ego ici. « Dépasser » à l’infinitif me semble très yang et je voulais du Yin. C’est tout.

A 12 ans je m’inventais des mots et leur orthographe, et mon prof de français, Monsieur Granier, me faisait remarquer que seuls les artistes peuvent inventer des mots. Je lui avais répondu, comment savez vous que je ne suis pas une artiste.

C’était de la provocation, je le savais mais j’étais en colère. Il ne croyait pas que je travaillais seule le soir en rentrant de l’école, mon travail étant bon et mature pour mon âge, j’étais déjà une solitaire et j’aimais réfléchir. Il m’avait humiliée devant la classe entière en me traitant de tricheuse, une fois avait suffi, après quoi je me sentais en droit de faire ce que je voulais et je n’ai plus fait grand-chose. Les profs étaient cons et je les emmerdais tous.

Au retour en France après 35 ans je m’applique à re-apprivoiser cette langue. Et si je ne trouve pas de mots justes, je les invente et au diable l’orthographe et la grammaire.

Mon père avait étudié le Grec et le Latin chez les Jésuites. Il savait l’orthographe et nous l’expliquait simplement avec les racines des mots. J’étais impressionnée.

De temps en temps j’entends un mot ordinaire, anodin, qui m’apparait étrange. Je le prononce plusieurs fois, essayant de me l’approprier mais il m’échappe le coquin. Je l’avais oublié ce mot-là, je ne l’utilisais plus depuis belle lurette, et il me fait la gueule. Ça m’arrive souvent.

Les mots en langues étrangères inconnues ont une saveur particulière. Quand mes petites filles islandaises se parlent et que je ne comprends rien, les sons qu’elles produisent deviennent des perles rares.

Ado, l’anglais me plaisait. La musique anglo-saxonne était à la mode et je comprends pourquoi. Une langue inconnue c’est un voyage dans les iles sous les cocotiers. Ça nous fait rêver.

 Les mots en français me fascinent. Ils m’étaient si familiers et me sont maintenant étrangers… mais viendra un jour peut-être ou tout rentrera dans l’ordre et je serais alors comme tout le monde, inconsciente que ce qui sort de ma bouche a une pesanteur, un défi, une lumière. Les cracher me semble une insulte, alors suçons les comme des bonbons et offrons les meilleurs.

2 thoughts on “Sur les mots et la grammaire

  1. A lovely piece. Maybe you were spoilt living in England because most people here don’t give two hoots whether people talk proper or not! Language is the very medium for invention and artistic licence – it should be pushed, pulled and stirred around – and you’re always great at that.

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    1. Interesting Nick. As we know, successful communication is the biggest challenge from which the quality of our life depends on. Our language and the words we use every day are not something we think about until it is taken away. I remember a time, a few years after arriving in London, when my French was disappearing from not being used regularly enough, and my English was not good enough to express myself freely: I was in a no-man’s land, a very uncomfortable place. Even now, when I am speaking French about something important, I am hesitating, stumbling to find the right words, stuttering even… something I had never experienced in my life before. Writing helps me settle, find my feet, discover who I am.

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