La locomotion équine et l’entretien des sabots chez Pierre Enoff

Nous sommes 13 assis autour de la table en forme de U, on papote et on attend Pierre. Les derniers kilomètres ce matin pour arriver à Porta dans le Parc Naturel de l’Orient dans les Pyrénées nous a offert des paysages majestueux de montagnes boisées et de vallées profondes.

Nous sommes venus de loin pour certains comme Martin, un jeune cavalier arrivé de Normandie. Il y a des très jeunes comme Enda toute fine avec ses 15 ans, et Aurore une petite cavalière, et puis des moins jeunes et des franchement plus âgés avec des cheveux blancs dont je fais partie. Nous avons tous des chevaux, des ânes, et/ou des mulets et on vient écouter cet homme qui depuis plusieurs décennies se bat pour un autre monde équestre. Le sujet de ce weekend : «  la locomotion équine et l’entretien des sabots ».

Le samedi entier est dédié aux observations de Pierre sur plus de 25 ans et sur ses 70 ou 80 chevaux qui vivent libres sur plusieurs milliers d’hectares dans la montagne autour de chez lui, et selon lesquelles non seulement le cheval, qu’il travaille ou non, n’a besoin d’être ferré, mais les fers sont une cause d’inconfort permanent et de souffrance ainsi que de déformations comparables aux pieds bandés et atrophiés des chinoises.

Le cheval ne marche pas sur son ongle. Protéger son ongle avec un fer et des clous est barbare. Barbare aussi cette idée de lui imposer un mors dont les conséquences sont toutes aussi désastreuses. Avez-vous essayé de vivre avec une cuillère en travers de la bouche ? nous demande Pierre. Et de nous offrir une cuillère….

Un vrai partenariat avec notre équin  crée la confiance, et donc pas de place pour le mors. On n’est pas dans la domination et la peur. J’étais si heureuse de l’entendre nous dire qu’en attelage il n’y a pas besoin de mors, moi qui rêve d’atteler Bijou et Bichette un jour….

A la base de son travail, il y a ses études d’ingénieur en génie mécanique qui lui ont fait observer la locomotion des équins du point de vue des  lois de la physique et découvert ce dont il est maintenant passionné et qu’il partage avec nous. « La science invalide la pratique du ferrage » titre de la page 82 de son livre «  Le silence des chevaux » aux éditions Amphora.

Ce qu’il nous présente pendant cette journée est plein de bon sens. C’est logique, c’est évident et ça saute aux yeux.  

Le lendemain dimanche, la journée est dédiée au travail sur les sabots et là on part sur place dans les étables et dans les champs, prendre les sabots de quelques chevaux descendus des montagnes pour nous, et apprendre à les tailler comme on se coupe les ongles quand ils sont trop longs.

Une fois qu’on a compris la structure et l’usage de chaque partie du sabot, on a moins peur, on ose couper et limer ici et là. Quelle découverte!

Je suis impressionnée par ces quelques chevaux qui vivent à l’état sauvage toute l’année, venus des montagnes le jour précédent pour nous. 2  jeunes filles qui travaillent sur place sont allées les chercher. Elles sont parties à pied avec quelques licols et sont revenues quelques heures plus tard avec une demi-douzaine de nos amis. Ils sont maintenant dans un pré attenant et il n’y a pas de peur dans leur comportement : ils se font regarder les sabots sans être attachés, tranquilles, confiants. La plus âgée, une jument de 35 ans, est magnifique.

Vers 16h ce dimanche je rentre chez nous. J’ai fait des belles rencontres. Avec Jenny et Rachel, 2 anglaises, mère et fille. Elles étaient venues avec leurs 2 chevaux. Myriam qui a 2 chevaux de trait, elle qui est toute menue. Et ce qu’elle n’a pas en taille elle l’a en personnalité…Jane et Robin des paysans boulangers avec 3 enfants en bas âge et 5 équidés dont 2 mules et des histoires de roulotte et de partir pour 6 mois en famille….et de carrioles qui se cassent la gueule… et Amandine, Roland, Melissa, Julie, Michel et Martial….Et Aurore et Martin et Enda….et avec tous ceux qui ne vivent pas trop loin, on espère bien se revoir.

J’ai emmagasiné beaucoup de rire et la certitude qu’on se retrouvera un jour en chair et en os, peut-être pour le stage niveau 2 de Pierre, peut-etre ailleurs. Pour le moment on a fait un groupe WhatsApp pour partager sur nos équins et leurs pieds et autres.

Merci à Pierre pour toute cette richesse d’informations fabuleuses, à sa femme Carole pour l’intendance le sourire et la gentillesse. Merci d’être restés légers et conviviaux autour d’un sujet à la réalité bien triste.

On est tous repartis avec le bouquin de Pierre, et je ne peux pas parler en leurs noms même si je pense que comme moi, avec cette faim au ventre de savoir plus, de savoir mieux, et cette volonté d’être autonome dans les soins de nos animaux et dans le respect de leur réalité et de leur besoins fondamentaux….

Je viens de me commander une pince sur le net qui arrivera à la fin du mois. J’aurais aimé plus tôt bien sûr, je suis tellement impatiente de me mettre au travail sur leurs sabots, et ne pas oublier de prendre des photos « avant » et « après » pour le groupe!

Hello Bijou and Bichette my lovelies!

8 réflexions sur “La locomotion équine et l’entretien des sabots chez Pierre Enoff

  1. Evelyne Berchem

    Fabuleux!!!!
    Merci de partager ces extraordinaires moments.
    Par contre, encore un mauvais point pour la race humaine qui n’a rien compris….
    Mais ceci est un premier pas vers la réconciliation entre toutes les espèces vivantes, animales et végétales

    Aimé par 1 personne

  2. Merci à toi Evelyne.
    Pierre nous a parlé de l’importance d’accompagner les chevaux déferrées et dont les ongles, les sabots, ont été coupés courts comme ils doivent l’être pour être complétement fonctionnels. Ils ont besoin de réapprendre ce qu’ils n’auraient jamais dû perdre : leur locomotion naturelle. Alors plus besoin de vétérinaire ni de maréchal ferrant….

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  3. Super ! Merci Martine pour ton très joli post qui résume vraiment notre beau we d’apprentissage de …l’évidence !
    J’espère que l’on pourra se revoir bientôt, je ne suis pas aussi loin que le Normand !
    Des bisous et pour whatsapp moi c’est compliqué, je n’ai pas un téléphone qui me permet d’avoir l’application…peut-être avec l’ordi ? No lo sé…
    Myriam
    Ps : figures-toi que le lendemain, comme j’étais dans une autre partie des Pyrénées pour visiter la famille, j’ai mis en application les conseils de Pierre : taille sévère de sabots d’une jument de trait qui avait des babouches aux quatre pieds (impression pour un trait !) et un abcès incurable sous la sole de l’un des pieds…curage à fond, râper, tailler très court…bref, j’étais contente de me dire que je pouvais soulager cette grosse mémère.. et de sensibiliser l’éleveur à cette problématique !

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  4. Bravo Myriam ! Tu te débrouilles comme un chef! C’est vrai que c’est dommage que tu n’aies pas accès à WhatsApp, parce que les partages sont sympas. Julie nous a montré une photo de AVANT et APRES des sabots de son cheval (ou sa jument, je ne sais pas) parce qu’elle n’a pas pu résister,et le résultat est impressionnant. C’est vraiment très propre ! Elle était très fière et je l’envie. Oui, moi aussi j’espère qu’on se verra bientôt. Prend soin de toi et de tes équins. Je t’embrasse.

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