Nos compagnons de voyage

Nos ânes et nos moutons sont les compagnons paisibles et confiants de ce voyage terrestre qui, si on a de la chance durera encore quelques années….

Le matin je me lève pour les nourrir, les abreuver et nétoyer l’espace autour de leur abri. J’ai un grand plaisir à faire tout ça, c’est mon yoga. Je leur parle et verifie que tout va bien. Il y en a qui partent de l’autre côté du monde pour être émerveillés, dépaysés, rafraîchis, reposés…..ici je suis émerveillée tous les jours.

Les brebis qui sautent de bonheur quand le foin arrive, les ânes qui d’abord me reniflent les mains avant même que j’ouvre le portail. Si je viens de couper un bout de carrote ou de choux pour eux, ils le savent tout de suite et ils attendent. Quand ils ne sentent rien et bien aujourd’hui il n’y a pas de dessert. Je ne me lasse pas de cet échange quotidien. Et puis le soir nous recommencons. Si par hazard je ne sais pas où ils sont quand je rentre dans leur enclos, je les appelle et ils arrivent tous au galop.

Quelquefois les animaux  s’immobilisent soudain et toutes les oreilles se pointent dans la même direction. Il y a un visiteur quelque part, un chevreuil qui traverse le champ de Robert plus bas, ou un renard qui rentre dans le bois. De temps en temps ce sont plusieurs chevreuils qui remontent le champs prudemment en observant de ce côté et de celui-là. Ils s’arrêtent  quand ils découvrent nos animaux en amont, les fixent évaluant les dangers possibles et puis dans un même élan puissant et gracieux bondissent et disparaissent dans la direction de Somplessac. Quand c’est un chasseur faisant une ronde avec ses chiens les brebis expriment leur colère en sautant les quatre sabots en même temps et en crachant. C’est impressionant!

Ce matin le ciel était gris et il pleuvait une pluie fine et pénétrante. Il a plu toute la nuit et le sol est maintenant détrempé et boueux. Après un automne trop sec, cette pluie est la bienvenue, le sol fait des réserves. Bien équipée pour ces conditions, être dehors est si agréable. Les couleurs, la fraîcheur, les arbres qu’on imagine buvant, le niveau de la mare qui remonte, les animaux qui m’attendent, le slosh-slosh de mes bottes…tout est jeu….

Un âne qui brait est pour beaucoup une chose triste et déchirante . Geoff le ressent ainsi. Pour moi, Bijou et Bichette me disent bonjour, ou m’interrogent sur une possible sortie dans les bois, ou bien ils me disent que le restaurant est ouvert et qu’ils aimeraient bien être servis…

Quand elle se languit d’attendre son foin, le son que produit Bichette est unique et surprenant: il est doux, langoureux avec beaucoup d’octaves, ça  monte et ça descend pendant plusieurs secondes et puis ça finit en point d’interrogation. Celui de Bijou est bruyant et sonore quand il salue les ânesses de Mireille de l’autre côté du Pech. Mais quand il ne veut pas partager son repas, il grogne comme un chien et les brebis fuient. Dini, Le bélier, lui, a trouvé le truc : Il s’arrange toujours pour se faufiler entre eux comme un anguille, rapide comme l’eclair pour eviter un sabot et puis alors il leur fait face et les ânes maintenant reculent et battent en retraite pour éviter un coup de tête dans les pattes ou le poitrail.

Les brebis , maintenant pleines, restent à une bonne distance des ânes pour éviter et les dents et les sabots. Quant elles les contournent, le demi-cercle qu’elles choisissent de  parcourir est la distance exacte pour éviter un coup de sabot. Elles n’ont pas besoin d’avoir fait de maths.

Il y a trois ans Diva a avorté. Je l’ai découvert un matin quand ses tétons étaient si gonflés que j’ai eut peur et appelé le vétérinaire. Il m’a confirmé qu’elle pouvait faire une mamite et m’a conseillé de la lui amener. Heureusement le lendemain la taille de ses tétons avait déjà bien diminué, pas besoin du vétérinaire. Je pense qu’elle avait reçu un coup de sabot. C’était son 1er agneau.

En lisant ces quelques lignes, il semblerait que les ânes et les moutons ne devraient pas être ensemble, mais au contraire ils forment une bonne équipe la plupart du temps. Où sont les ânes on retrouve toujours les moutons et de les observer broutant côte à côte paisiblement dans la lumière douce d’une soirée d’automne est  aussi beau que réconfortant que naturel.

L’hivers les ânes et les moutons sont ensemble dans le pré d’en bas. Le terrain est très escarpé par endroit, avec un bosquet principalement de chênes et d’érables de Montpelier, et une petite mare comme celle de  « la mare au diable »pleine de grenouilles. Il fait face au sud et il y fait donc plus doux qu’ailleurs.

Quand les brebis mettent bas au printemps, je déménage les ânes et le bélier dans le champ du haut pour laisser les mères  tranquilles jusqu’à l’automne quand de nouveau les ânes et le bélier redescendent les rejoindre. L’été Dini se lamente et appelle ses filles, mais pas de chance pour lui les brebis ne lui répondent pas. Ils se regardent de loin, mais elles sont très bien sans lui, merci, et l’ignorent complètement. Dès qu’ils sont de nouveau ensemble, ils ne les lache pas d’une semelle. Il est très insistant et elles ne lui résistent pas longtemps.

Quand une mère est prête à mettre bas elle m’appelle et je lui prépare un espace séparé du reste des animaux dans leur abris, je la rentre et je m’en vais. Dans l’heure qui suit nous avons deux jolis agneaux.  Un spectacle toujours émouvant. Les mères sont parquées pendant plusieurs jours et elles aiment cette sécurité et cette intimité pour s’occuper uniquement de leur précieuse progéniture.

Les petits agneaux sont vendus dès qu’ils sont sevrés à des gens comme nous qui n’en feront pas des cotelettes. Leurs besoins sont si élémentaires que un peu de terrain, de l’eau fraîche et  un abris leur suffisent. Pas de tonte ni vermifuge, de l’herbe quand il y en a et du foin quand elle se fait rare….

Les crottes de nos brebis font un angrais lent qui ne brûle pas le vegetal. Le crottin des ânes, J’en met du frais régulierement sur les rosiers et les roses sont magnifiques. Crottes de biques et crottin….quel aubaine! Nous avons la quantité parfaite pour le jardin potager, le verger et les plate-bandes.

De l’ile de Ré il y a déjà 3 ans, Herve et Isabelle nous ont ramené une vieille cariole à âne, LA cariole de l’âne de l’Ile de Ré. Bijou et Bichette sont de la même taille que traditionnellement les petits ânes de là bas.  Nous avons changé les pneus et il faut maintenant la repeindre et la rafistoller un peu. Que cela ne tienne, elle fera très bien l’affaire. Les ânes sont encore trop jeunes pour la tirer mais bientôt ils vont apprendre. Je me suis dit que le jour où mon entourage me fait comprendre que je suis un danger publique en voiture, et bien j’irais faire les courses au village en carriole avec mes deux amis! Quelle jolie perspective……

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