Avec Nicole rentrée en EPHAD hier sur sa demande, la dernière de la fratrie, s’en va comme une brindille sur un ruisseau, sans bruit, presque inaperçue. Quand je serais de l’autre côté, parles moi. Si tu as besoin de moi, demande. Si je peux je t’aiderais. Paisible elle descend lentement avec le clapotis, rejoindre le TOUT.
Alors les souvenirs affluent, nous aussi on commence à oublier, mais on garde encore les meilleurs.
Il était mon faux parrain, 21 ans de plus, jour pour jour. Le petit frère de maman.
Il y avait Odile l’ainée, puis Nicole, Christiane (maman), Henry et Yves le dernier.
En prenant la première lettre de chacun des prénoms, ça donne : ONCHY … sourire de maman…
J’avais une tendresse particulière pour Yves d’abord parce qu’il était beau. Beau dans le sens d’un beau mec. Nicole avait toujours une photo de ce petit frère dans son sac quand ils étaient jeunes, pour le plaisir de la montrer à ses amies, me disait-elle.
Au début de sa quarantaine on lui annonce un Parkinson, le monde s’effondre, il se renferme pendant deux ans, anéanti. Il a une très jolie famille, tous proches et attentifs, une « famille parfaite » mais le choc a été trop brutal.
Et puis un ami lui tend la main : Essaye la Prière. La Prière ??? Oui, la Prière.
Il pense d’abord que c’est une plaisanterie. Et puis un jour il s’agenouille et commence le miracle. Sa vie se transforme, il recommence à sourire, à rire même et il ne s’arrêtera plus de rire. Pour ses petits enfants il est un clown, un grand-père drôle et tendre.
Le voilà qu’il se met à écrire, lui qui n’avait jamais écrit que des rapports de bureau. Il écrit sur tout et sur rien. Chaque évènement, un anniversaire, la naissance d’un enfant dans la famille, une soirée entre amis, la nouvelle année qui est là, la gentillesse d’un proche, une vue de sa fenêtre…tout est inspiration, émerveillement, opportunité de jouer avec les mots, de dire Merci au Divin.
Il écrit plusieurs volumes de poésies en 30 ans. Ses poèmes sont tous aussi différent les uns que les autres. Il y en a des profonds, des légers et même euphoriques, d’autres plein d’humour et de joie, la Joie d’être Vivant.
Je travaille dans un atelier de reliure. Il me demande de lui relier son premier volume. C’est du plaisir que de parcourir sa prose, si vivante, si légère, si émouvante. Avec le double du manuscrit je m’en fait une copie pour moi.
Voici celle que je retiens page 63 qui me touche à chaque lecture :
Prière
Tu es tout Amour, moi teinté d’indifférence.
Tu es exigence, mais tellement indulgence.
Tu es la Bonté, moi trop peu la charité.
Toi l’offensé, où est mon humilité ?
Toi les mains ouvertes, moi j’oublie que tu donnes.
Tu es source d’espérance, et moi j’ai tant de sècheresse.
Tu es l’Eternelle Présence, mais je l’oublie sans cesse.
Malgré moi, mais en douceur, tu secoues ma torpeur ;
Tu me parles en profondeur, pardonnant ma froideur.
J’ai besoin de ton aide et Tu viens à mon secours.
Tu soignes mon âme et de la maladie je supporte le cours.
J’ai appris à dire : Que Ta Volonté Soit Faite.
Merci pour toutes ces joies, pardon pour mes défaites.
Tu as montré le chemin, mais à chacun d’en suivre le cours,
Dans l’effort, mais libre, car Tu es tout Amour.
Il arrive à 82 ans mais maintenant il tombe trop souvent, son heure est proche et puis il s’en va. Nous sommes en 2018,
22 ans après avoir écrit cette prière.
Michele s’en est allée le rejoindre début Mai de cette année…..Tout est parfait.