Mon coq est plumé.

Mon coq est plumé, vidé, et dès qu’il est froid il ira au frigo pour quelques jours, le temps que la viande se « fasse ». Qui l’aurait cru ? que moi, je puisse faire ça ? la voix de maman : difficile les deux ou troisième fois et puis après ça va.  

Je l’ai attrapé hier soir, ficelé les pattes et posé dans une boite en carton fermée dans la petite entrée, entre deux portes au cas où. J’avais une prémonition que j’allais le retrouver en dehors de sa boite… et ce matin à 5h, il chantait, déficelé. Il avait chié partout, ça puait.

Yves est venu me le tuer. Je l’ai tenu aux ailes et aux pates pendant qu’il lui cherchait la carotide mais je ne pouvais pas le regarder. Je lui demandais pardon, et merci de me donner ta vie. Je lui disais que je n’en pouvais plus, que c’était le troisième coq qui me faisait ça, et que j’en avais marre. Je ne suis pas une méchante moi, et de me faire attaquer comme ça pour rien, et bien merde !

J’avais mal dormi, la culpabilité me piquait. Je ne garderais plus de coq. La moitié des poules sont abimées sur le dos et déplumées. Certaines n’ont pas souffert mais d’autres criaient et se débattaient comme des folles quand il les montait, que c’était difficile de se dire que ce n’était pas du viol. Si Mesdames et Messieurs, c’était du viol pour certaines. La petite Paulette ne sortait jamais du pondoir pour ne pas le rencontrer, et si par malchance elle se faisait prendre par surprise alors il lui faisait payer son refus.

Mais aujourd’hui en rentrant nourrir mes poules, elles sont toutes venues autour de moi, comme s’il n’y avait jamais eu de coq. Quel plaisir. Je retrouvais mes filles. Même paulette était dehors. Si elles ont envie de couver je leur apporterais quelques œufs fécondés provenant d’une ferme aux alentours. On se passera d’un coq.

En attendant le printemps ici est exceptionnel ; tout explose, en taille, en couleurs, en verdoyance, en insectes…Vous l’avez constaté vous aussi ?  je sais que je ne suis pas la seule à y être sensible.

 J’ai fait un aller-retour avec la tondeuse sur la communale le long du champ de ânes, préservant la flore diverse, les buissons et les arbres contre leur clôture et j’ai eu l’agréable surprise de constater ce soir que les gars qui sont passés avec leur épareuse diabolique, ne sont pas repassés après moi sous prétexte que je ne l’avais pas bien fait. Victoire !

Dora se fait vieille et marche avec difficultés mais elle vient confiante, chercher une croute de pain sec quand je rentre dans leur enclos. Nous partons faire une journée bambous pour réparer leur clôture. J’ai fait le tour l’autre matin et il y a beaucoup de travail pour l’hivers prochain.  En 15 ans les arbres et buissons ont détruit la clôture ici et là et depuis les sangliers et chiens de chasse se faufilent facilement dessous. Il nous faudra faire un passage de deux mètres à l’intérieur tout le long de la clôture et d’un mètre à l’extérieur pour gérer la pousse des arbustes et faire en sorte que cette clôture soit accessible à tout moment et facilement. Surtout quand les chèvres viendront y vivre. Thierry m’a dit qu’il viendrait m’aider. Passer quelques journées à travailler ensemble côte à côte est un vrai cadeau. Je n’ai jamais eu cette opportunité de cet échange avec lui depuis que nous étions enfants. Il avait 14 ans quand je suis partie de la maison et on ne se connait pas vraiment. Il est maintenant à la retraite et semble si heureux ici. C’est lui qui m’avait tué, plumé et vidé les deux coqs précédents et c’est donc grâce à lui que j’ai pu le faire confiante ce matin. Et tu avais déjà tué des poulets toi? eh ben oui, quand j’étais ado, j’ai pris le relai sur maman…Il l’a assommé d’abord, rapide, propre, et puis saigné.

Se nourrir de ce que l’on produit, être responsable de ses choix quand on est carnivore. Des jolis mots, des belles phrases, mais vides de réalité quand on va chez lidl faire nos courses. Avec les produits BIO qui souvent ne le sont pas et qui sont chers, c’est compliqué. Je me souviens d’avoir acheté une poule dans une ferme, il y a des années de cela, pensant qu’on allait se régaler, et elle était dur comme un vieux cuir. Alors quand on mange notre coq, ce n’est d’abord pas évident de faire le pas de tuer soi-même notre animal, mais on est sur la bonne voix…le retour à la sagesse paysanne …

L’épareuse etant passée et ayant nettoyé l’autre côté de la route devant chez nous, je vais de ce pas aller récupérer cette herbe coupée pour pailler et nourrir mon jardin. 

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