Georges et Raymonde

Les contes de Daudet et la voix de Fernandel ont enchanté mon enfance. Combien de fois ai-je suivi en tremblant la petite chèvre de Mr Seguin dans la montagne ? Et la mule du pape, elle était bien maline celle-là! Un coup de sabot bien placé et hop!  Daudet dans son moulin à vent entouré de lavande sauvage et de lapins m’a tant fait rêver.

Ici il n’y a plus de lapin. Nous avions un grand lièvre dans le bosquet en bas quand nous sommes arrivés ici, vieux et tout mal foutu mais rapide et fuyant. On ne le voit plus. Mais un moulin, il y en a un de bien joli  avec sa lavande tout autour,  à 200 m sur le pech en face au soleil levant.

En 1972 Il était tout écroulé quand Georges s’est mis au travail. Et il était vaillant Georges ! De son moulin il ne restait que  les vestiges d’un mur jusqu’au-dessus de l’encadrement de la porte, mais sans porte, et un arbre qui avait décidé de pousser là au milieu des gravats. Il était bien tranquille celui-là jusqu’à ce que Georges arrive.

Toutes leurs vacances pendant 20 ans Georges et Raymonde sont descendus  de Paris et ont  reconstruit leur moulin.

La 1ere année ils ont débarrassé les gravats et enlevé l’arbre.

La 2me année, ayant besoin de pierre, ils ont acheté une vieille grange à leur voisine et ils ont récupéré les 52m3 de pierres nécessaires pour remonter les murs.

En 1976 c’est la charpente en fer du toit qui est descendue de Paris en pièces détachées. Une madame Dubois, rencontrée depuis peu, me raconte Raymonde,  dont le compagnon était président du moulin de Meaux en Seine et Marne leur a proposé de s’occuper du transport de ce toit. Ce qu’elle ne s’était pas rendue compte cette bonne dame c’est que les pièces détachées pesaient une tonne et demie ! Et son Estafette a bien peiné pour arriver jusqu’à Puylaroque…

Il faut vous dire que les soudures, Georges  il savait les faire étant Sérurier rampiste de son métier (Serrurier spécialisé dans la réalisation et la pose des rampes en fer pour escaliers). Il a même pendant un an et tous les week-ends, alors qu’il avait juste 30 ans,  travaillé sur le FRANCE à St Nazaire avec son patron, le FRANCE qui fut jusqu’en 2004 le plus grand paquebot du monde.

L’atelier était à Paris et ils commutaient. A paris cette année-là, Raymonde donnait naissance à Jean-Claude leur 2eme garçon. En semaine 2000 personnes travaillaient sur l’immense  paquebot et impossible pour Georges et son patron de relever les gabarits du garde-corps du pont promenade supérieur arrière avec tous ces câbles et tuyaux partout. Alors c’est le weekend, avec un badge et une dérogation spéciale qu’ils pouvaient enfin travailler tranquilles. Or le dernier weekend du mois de juillet 1960, Georges s’est retrouvé tout seul à travailler sur le FRANCE, son patron ayant décidé de rentrer sur Paris pour faire la fin du mois, et Georges démerdes-toi …. Au moment du déjeuner, impossible pour Georges de trouver son chemin et sortir du paquebot pour aller se restaurer. Heureusement pour lui, un pompier qui faisait sa ronde lui a indiqué la sortie, mais pas avant de lui demander ce qu’il faisait là! J’ai essayé de retrouver des photos sur le net de ce garde-corps du pont promenade supérieur arrière qui a été le travail de Georges, je n’ai rien trouvé du tout. Si parmi ceux qui lisent ceci, savent où trouver ces documents, photos, je vous serais bien reconnaissante de m’envoyer l’information et/ou des photos pour les mettre sur  mon site et rendre ainsi hommage au travail de Georges. Rendez-vous compte, créer un garde-corps d’une trentaine de mètres de long, en fer à cheval et sur un pont bombé ! c’est un tel  travail de précision et de prestige. Le lustre de cristal me disait Georges cet après-midi, celui suspendu au-dessus de la piscine des 1ere classes, pesait une tonne et demie et était soudé  à l’armature du paquebot! Ce lustre de cristal aussi lourd que toute  l’armature du toit du moulin de Georges….incroyable, non ?

Pour le toit du moulin, Georges avait opté pour des plaques de shingle/bardeaux mais très vite les guêpes ont bouffé le shingle se souvient Georges et il  l’a vite remplacé par du zinc préparé dans son atelier parisien. De nouveau c’est encore une estafette qui va transporter ce toit de zinc en pièces détachées, mais cette fois c’est Noëlle, une nièce, qui partait sur Amiens aider sa fille à emménager là-bas, et qui en rentrant sur Puylaroque a ramené le toit du moulin dans son estafette….rires de Georges et de Raymonde qui se souviennent.

Ensuite ce sont les ailes du moulin faites en pin qui n’ont pas duré plus de deux ans. Ils les ont refaites en  Iroko, im-pu-tres-cible  leur avait-on dit. Ils ont vite découvert que en effet ce matériau était imputrescible oui, mais malheureusement pas incassable ! Ces ailes là n’ont pas résisté un an. Alors Georges les a faites lui-même en aluminium à Paris. Elles tournent toujours aujourd’hui….

Le mois dernier mon amie Gail est passée par ici avec sa famille. Nous sommes montés chez eux voir si Georges nous ouvrirait son moulin, chose qu’il a faite avec beaucoup de gentillesse, et tous de s’extasier sur ce travail d’amour et de patience. Et cet escalier qui monte les deux étages en longeant les murs. Qu’il est beau avec sa rampe en fer forgé! C’est élégant et sobre…..C’est une merveille.

La lavande autour du moulin a bien souffert depuis quelques années avec  les périodes de sècheresse et les lapins ici sur le pech aussi sont rares, mais Georges et Raymonde maintenant 87 et 83 ans ont encore les yeux qui rient quand ils parlent de leur moulin….

( Photos de Georges, Raymonde et leur moulin sur la colonne de droite)

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