René et Noëlle – 3-

Quand René est né le 11 mars 1935, il y avait déjà deux petits, Maurice et Thérèse en plus des 12 brebis sur cette terre de 2 hectares entre Vaylats et Labarthe. Mais René ne connaitra jamais son père qui quitte la maison à la naissance de son garçon.  Ils ne le reverront plus.

La vie est dure. René a 12 ans en 1947 quand il quitte l’école pour partir travailler chez le boulanger Delteil, maire de Vaylats. Il ne recevra pas de paye mais on prend soin de lui et il y sera heureux. Il est futé, il apprend vite à faire le pain et rapidement il produira 100 miches rondes deux fois par jour pour les gens qui attendent dehors. Il fait tout, tout seul, son patron ne l’aide qu’a enfourner le pain me dit Noëlle. En mobilette avec une remorque il délivre son pain à Vaylats, Bach et St Hilaire.

A 17 ans Il part à Agen dans une autre boulangerie, il veut gagner des sous. Il est payé un peu et y reste un an. Il me racontait en riant que le boulanger mélangeait du jaune d’œuf à la pâte des croissants pour leur donner une bonne couleur. C’était moins cher que le beurre. Il utilisait du fuel aussi pour faire bruler le bois pas toujours trop sec, et qu’est-ce que ça puait !

En 1953 il passe son permis et rentre à Vaylats. Il fait le piquage du blé et les labours en tracteur pour l’entrepreneur agricole « Bonet » et notamment chez les parents de Noëlle où ils se rencontrent. Ils se fréquentent alors aux fêtes de village le dimanche. René a une moto et ils se baladent en amoureux.

Le 15 décembre 1955 il part à l’armée à Barcelonnette dans les Basses Alpes. Il rejoint les chasseurs alpins pendant trois mois.

1956- anecdote : Lors d’une patrouille en montagne René trébuche et tombe le nez dans la neige. Quand il voit de la fumée sortir de la neige il découvre qu’il y avait une maison dessous !

Cette même année il monte en Allemagne pour huit jours puis redescend pour s’embarquer le 8 Avril sur le paquebot le « Ville d’Alger » à Marseille, direction Alger . Là il retrouve un copain de Lugagnac.

En Algérie le régiment de René contrôle la Casbah d’Alger. Il conduit un half-track. Il a la trouille.

Anecdote : il part en mission avec son half-track qui tombe en panne dans les gorges de Palestro. Il est seul, l’endroit est particulièrement dangereux avec les fellaghas partout, il monte sur la cabine de son engin et se prépare à tirer si besoin est pour se protéger. Heureusement un autre régiment arrive, répare son engin et ils rentrent tous au camp.

Une autre fois René est en mission à Laghouat au bord du désert. Il y fait très chaud, pas moins de 50 degrés à l’ombre.

Anecdote : Il devait partir en mission mais au dernier moment son commandant le garde pour lui faire nettoyer son Half-track. Sur les 20 partis en mission seul l’infirmier reviendra vivant.

Fin janvier 1957 René finit ses deux ans et demi de service durant lesquels il sera rentré en permission chez lui deux fois et pour un mois chaque fois.

Rentré en France et pendant huit mois il devient transporteur de vin à Parnac pour RIGAL. Avec une semi-remorque il va chercher le vin dans les Pyrénées Orientales et le midi et le transporte dans le Cantal.

René et Noëlle se marient en 1958 et louent la maison un peu plus bas que celle des parents de Noëlle au Boutiq. René travaille la terre. Ils ont un hectare de Chasselat et quatre hectares de vigne à vin. Ils ont aussi 20 ou 30 hectares de céréales. Dès qu’ils le peuvent ils achètent 14 vaches. Ils produisent du lait jusqu’en 84 quand les quotas arrivent.

Les soirs d’hivers ils jouent aux cartes avec les voisins une fois par semaine.

1963 – Ils n’ont pas assez de terre et achètent la propriété de Pech Jouan mais ne vont pas y vivre tout de suite.

En 1964 René et Noëlle perdent leur petite Nadine née à Toulouse chez Pontanier. La petite Nadine qui ne pèse pas plus d’un kilo a vécu 14 jours sous perfusion avant de décéder. Son corps à l’intérieur n’était pas fini explique Noëlle.

1965 – Ils rentrent dans la maison neuve du Boutiq avec Mémé, maison construite par le père de Noëlle avec l’aide de Noëlle et René comme manœuvres. La petite Régine nait la même année.

1967- Ils emménagent au Pech Jouan avec Mémé qui a maintenant 84 ans. Elle a été veuve à 46 ans. Elle va vivre encore 6 mois. Tombée sur le coccyx elle ne s’en remettra pas.

Noëlle et René ajoutent un étage à la maison de Pech Jouan et le pigeonnier que Jean-Pierre finira plus tard. Ils ont 20 hectares de bois, 20 hectares de terre, 3 hectares de vigne, 6 vaches et 300 cochons.

Quand on se promène tous les jours avec Geoff, on passe devant la ferme de Pech Jouan avant de redescendre en direction du village et je vois en effet cet étage rajouté à la maison avec le pigeonnier derrière. Je vois René et Noëlle construire ensemble, ils sont jeunes et courageux, elle est enceinte…

Janvier 1968- Mémé décède. Cette même année le 4 aout, naissance de Jean-Pierre au moment des barricades.

1972- ils achètent une autre ferme de 20 hectares à Lamothe et la revendent en 1977 pour venir aux Tuileries où la terre est bien meilleure. Ils ont maintenant 3 hectares de melons, 2 hectares de vignes et 80 hectares de céréales. Ils ont aussi les vaches jusqu’en 1984.

En 1973 Ils font 3 hectares de melons qu’ils continueront à cultiver jusqu’en 1992.

En 1975 ils font 3 hectares de melons jusqu’en 93.

De 1975 à 1981- Noëlle prends soin de Tante Marinette, dont elle héritera la maison de Chalié avec un hectare de terre.

En 1981, Maria, la maman de René décède à 79 ans. Elle vivait à la Boutillette, première route après Labarthe.

En 1987 ils commencent ½ hectare d’asperges dans la Lère, qu’ils vendront de la maison et une fois par semaine à Septfonds. Ils se lèvent alors a 5h tous les matins 7 jour sur 7. C’est d’abord le fumier en Novembre, puis le ramassage commence le 20 mars jusqu’à la St jean. Les asperges sont lavées et équeutées avant la vente. Elles rapportent 10.000 euros/ans.

Le 20 Octobre de cette année, André le papa de Noelle décède.

1988- Ils montent dans les Vosges voir Régine et Philippe qui se marieront en 1990 et qui auront deux enfants, Jean et Fanny. Noëlle ira là-bas 3 ou 4 fois par an garder les petits, avant que le couple de Régine ne descende sur Toulouse en 2000.

1990- La maman de Noëlle décède. Après son hystérectomie elle n’était plus la même, elle avait perdu le gout de vivre et la tête s’en allait aussi : Elle éteignait le gaz de la cuisinière en soufflant dessus. Noëlle devait la surveiller de près.

1992- Ils louent la terre à Jean-Pierre qui a maintenant 24 ans et qui choisit de faire du bio.

1994- René tombe malade avec une périartérite noueuse après une bronchite. Il est soigné chez Boyé à Montauban. Une fois rentré chez lui, il ne sortira pas dehors de tout l’hivers.

1997 – Mariage de Jean Pierre et Natasha. René fait le pain de la fête.  Jean-Pierre et Natasha auront 2 garçons, Sasha et Youri.

Septembre 1998 – René part à Font Romeu faire une cure pour ses poumons.

Incident : A Font Romeu René décide de monter aux Pyrénées DeMille avec des infirmières. Ils laissent la voiture en bas et grimpent 2 km mais impossible pour René de redescendre. Il doit se faire aider par les infirmières qui l’accompagnaient. Le lendemain son docteur lui interdit de recommencer. Mais cette cure lui a fait du bien et quand il rentre de Font Romeu, le pneumologue lui dit que ses poumons ont rajeuni de 20 ans.

En 2000 ils arrêtent les asperges.

En Septembre 2002, Chalié est vendu et Noëlle va faire un voyage extraordinaire : Prague et St Pétersbourg en une semaine. Un voyage qui l’a profondément marquée. René ne part pas avec elle. Il sait bien que ses poumons ne supporteront pas ce voyage.

En 2010 on découvre chez René un cancer sur un rein qui lui est enlevé aux Chaumes à Montauban.

En 2015 c’est un cancer entre le cœur et le poumon qui lui est détecté. Il est opéré aux Cèdres à Toulouse. C’est grave puisque les infirmières ne le quittent pas des yeux pendant 8 jours dit Noëlle.

En 2020 des examens révèlent un cancer derrière l’œil. René est inopérable à cause de son sang trop fluide. Il aura des rayons pendant 8 mois avant de décéder. Quinze ans plus tôt Vincent Galino de chez Cave lui avait enlevé une membrane sur le même œil gauche.

A la retraite, René et Noëlle vendaient du bois, faisaient du pain les vendredi et samedi matin à Somplessac, et vendaient leurs asperges.

Noëlle a soigné René les 4 derniers mois de sa vie durant lesquels il lui fera passer 2 nuits blanches :

La première quand René divague et qu’il implore Noëlle de téléphoner à la gendarmerie parce qu’ils n’arriveront pas à rentrer les vaches d’Amédée. La 2eme nuit, il voit cinq femmes autour de son lit, il ne les connait pas et il supplie Noëlle de l’en débarrasser. Quand l’infirmier passe le matin et qu’il apprend que 5 dames sont venues rendre visite à René, il l’en félicite. Lui, n’a qu’une femme et il l’enverrait bien aller se faire voir par la fenêtre !

Voila les paroles de Noelle retranscrites ici….je n’ai rien ajouté. Il y aurait pourtant tant encore à dire, à partager, à méditer….mais ce n’est pas à moi de le faire, je n’ai connu ces deux la que depuis peu et même si je les aimais, puis-je dire que je les connaissais ?

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